Accueil / Ecouter / Zong, trois fêlés pour une Fracture

Zong, trois fêlés pour une Fracture

zong

Zong

Au moment de la sortie du troisième album de Zong, le trio aux noise songs dubbisantes, je les rencontrais pour une interview parue dans le défunt magazine Kwélafé. C’était en octobre 2007. Entre virage artistique et dommages physiques : Costa, Drean et Fever nous donnaient leurs visions de ce Fractures, riche opus à disséquer avec passion. Un disque ressorti en mars 2009, enrichi, remastérisé et assorti d’un livret conséquent : le tout forme Fonkèr Express.

zong trioL’enregistrement de Fractures. Quelles ruptures, quelles pistes posées pour aboutir à ce nouveau disque ?

Costa : Tout fait maison. C’était important, pour cette étape, de se retrouver avec le maximum de temps possible, dans un endroit familier, d’où le choix de la Ravine Saint-Leu via le Séchoir. Fractures =  nouvelles manières de travailler. C’est la première fois que l’on fait comme tout le monde, enregistrer un disque avant de faire tourner des morceaux en live, et c’est très bon car changer de méthode de travail te pousse à te remettre en question en permanence.

Drean : Dès le début, des recherches sonores, une attention particulière à la production de chaque son. Et après la fracture bien réelle de mon coude, il y a une rupture dûe à un changement total de repères : je suis arrivée pour enregistrer mes voix en ne sachant plus chanter !!!
C’était assez terrible, je ne savais pas quoi faire de mon bras, il m’empêchait de respirer correctement, et en même temps, cette expérience enrichissait ma voix… Etranges sensations… Je suis passée par des moments  déstabilisants.

Un chant plus posé, serein, c’est une volonté ou ça s’est imposé au fil des jours de studio ?

Drean : Imposé… Merci fracture !!

Costa : Nous avions dès le départ cette envie de faire des chansons, avec le fond et la forme. D’où cette manière de s’appliquer à structurer notre musique autour de la voix de Drean, avec une écriture musicale plus approfondie, des mots plus impliqués dans le fond.

Les paroles, toujours à moitié rêvées, voire fumées, avant d’être couchées sur papier ?

Drean : Toujours enveloppées des couvertures costa-feveriennes ! On ne change pas un bon lit douillet ! Pour ce qui est de la fume… J’ai arrêté… les rêves… j’y retourne bientôt !

Costa : Rêvées c’est sûr… Fumées, on a dû tomber dedans quand on était petits. Nous ne sommes pas attachés au premier degré des choses et des mots. Seules nous importent les multiples lectures, ou encore l’humour au 3ème degré. Drean peut parler d’un travesti en faisant bander le plus viril des mâles sans qu’il saisisse de prime abord le sujet réel de la chanson, et c’est bon le rêve éveillé non ??

Les expériences de Costa derrière les manettes de Natiembé, de Menwar, ont-elles apporté une assurance et une expérience nouvelles au son Zong ?

Costa : Une expérience, c’est sûr. Pour moi, l’album de Natiembé est une pierre angulaire de la production locale. C’est très prétentieux de ma part de penser comme ça, mais c’est un fait :  aucun album de musique roots locale n’avait été produit dans ce sens. En même temps, Zong reste Zong et évolue naturellement dans sa sphère. Mais le fait que je m’approche plus de certaines traditions en faisant ces travaux m’ouvre les oreilles et la fibre artistique.

couvzongfonkerDo it yourself : éthique punk, pochettes fait maison, enregistrement en local. Volonté de tout contrôler ? C’est quoi, être punk, pour Zong ?

Fever : C’est avant tout faire les choses à notre manière… De la musique aux visuels, tout tourne sans arrêt entre nous trois et tout est mouvant et malléable tant que Costa, Drean et Fever ne sont pas tombés d’accord. Question d’exigence.

Drean : Punk, ça rime aussi avec peu de moyens ! Fractures est radicalement à l’opposé de Paradis Thématik, et c’est plaisant de contrôler toutes les étapes. C’est surtout une expression qui est plus pleine, en plus de la zik, proposer les images, les photos… Une sensation de se donner encore plus, d’être plus entiers.

Costa : Punk, c’est ne pas lire Musique Info Hebdo. C’est recycler ses déchets, ne pas regarder la télé mais se tenir au courant différemment, c’est créer en liberté, c’est refuser les tiroirs culturels ou musicaux.

Le Fair ou une aide de la Région Réunion. Ca implique des obligations de résultat, les subventions ? Ca peut changer le propos de Zong ?

Costa : Je ne crois pas en l’obligation de résultat sinon j’arrête demain, Je prends ces aides comme des récompenses au travail, à la persévérance. Qui dans le paysage musical local ces dix dernières années, a tenu le coup ? Travaillé et développé son projet de manière artistique, intègre et professionnelle ? Avant de mériter des aides, il faut faire ses preuves, et nous les avons faites. Par contre, il ne faut pas que ce genre de système soit perpétuel, il y a un moment où ta chance est passée. Et là, il ne faut plus espérer d’aides. Je suis entièrement d’accord avec ce choix de la région de conventionner des groupes à la manière des compagnies de théâtre : pour grandir il faut des moyens, et le saupoudrage ne sert pas à grand-chose. Des choix ont été fait, il faut maintenant les assumer tant du côté des artistes que des élus.

Fever : Non , ça ne changera pas le propos de Zong. Si des personnes ou des institutions nous suivent, c’est qu’elles connaissent notre fonctionnement et notre parcours. Nos souhaits aussi. Il sera temps d’arrêter lorsque les choses nous échapperont.

Propos recueillis par Sébastien Broquet

Le clip de Orgiak

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*