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Trop tard pour mourir jeune

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C’est la semaine des titres courts et définitifs : en attendant d’aller voir Life d’Anton Corbijn, me voici ce mercredi jetant un oeil dans la salle diffusant Youth, le nouvel opus du décrié Paolo Sorrentino, réalisateur dont je ne connaissais absolument rien. Pour l’affiche, évidemment : l’une des plus aguicheuses de l’année avec ce cul universel en premier plan et les visages ébahis de Michael Caine et Harvey Keitel. L’envie de revoir Paul Dano aussi, épatant cet été dans Love & Mercy, le biopic consacré à Brian Wilson.

Pitch : Fred (Michael Caine) et Mick (Harvey Keitel) sont de très vieux amis, qui dès l’adolescence rêvaient des mêmes filles, et n’ont cessé de construire leur complicité ; leurs enfants respectifs ont même convolé ensemble. Les voici tous deux au crépuscule de leur vie, en villégiature dans ce grand hôtel luxueux, à causer prostate et évoquer leurs souvenirs communs – uniquement les bons – tout en gérant leurs soucis du moment : le premier ne veut pas remonter sur scène jouer son oeuvre phare pour la reine d’Angleterre qui le réclame, l’autre veut mettre un point final à l’oeuvre d’une vie.

Pourquoi-Youth-aura-la-Palme-d-orCasting XXL pour une ode (?) à la vieillesse tournée en Suisse par cet adorateur auto-proclamé de Federico Fellini qu’est Paolo Sorrentino, présenté au dernier festival de Cannes – événement auquel le cinéaste adresse quelques clins d’oeil appuyés. Tout semble réuni pour en faire une belle session de cinéma explorant les mystères de la création : un compositeur en retraite refusant catégoriquement d’en sortir ; un cinéaste écrivant son film testament en compagnie d’une bande de jeunes apprentis-scénaristes-adorateurs ; un acteur hollywoodien, détaché, en goguette, qui finit par se perdre dans les méandres de ses questionnements (Paul Dano, point Godwin) ; une pop star déboulant comme un cheveu sur la soupe (Paloma Faith dans son propre rôle, dont j’ignorais tout également) ; une miss Univers pas si con (Madalina Ghenea, euh… physique) ; un footballeur de génie, en la personne de Diego Maradona (incarné par un autre) ; et Jane Fonda, en actrice hollywoodienne grandiloquente prête à s’épanouir dans une toute nouvelle série télévisée. Prometteur, non ?

Entre tous ces artistes explorant les modes d’expression contemporains et leurs interactions, aux notoriétés changeantes, aux valeurs emmêlées (cette miss Univers qui cloue le bec de l’acteur trop imbu de ses certitudes), les dialogues auraient pu plonger loin dans les affres de l’inspiration et aller faire côtoyer le Fellini de Huit et Demi, avec le Visconti de Mort à Venise : un vieux compositeur se questionnant sur les vicissitudes de la vie, dans un hôtel de luxe… mais les similitudes s’arrêtent là. Jamais Sorrentino ne va au delà, restant désespérément en surface, préférant les blagues sur la prostate et causant vieillesse plutôt que création. Sans tendresse pour ses personnages, ni pour le spectateur, Sorrentino en vient à aligner les clichés dans le cadre idyllique d’une Suisse rarement quittée – sauf pour aller voir à Venise l’épouse délaissée, justement.

Vu les actrices et acteurs réunis là, peu de doute : c’est du gaspillage. Frustrant, car l’on sent dans certaines scènes qu’avec un peu moins de prétention formelle, de facilité, avec un peu plus de tendresse et d’écriture, ce film et ses grands protagonistes aurait pu offrir beaucoup plus ; et finalement, cette sensation qu’en parlant d’âge plutôt que d’art, Sorrentino passe à côté du sujet qui s’offrait à lui.

Sébastien Broquet

Youth (La Giovinezza), de Paolo Sorrentino

Italie, France, Royaume-Uni, Suisse – 2015

Scénario : Paolo Sorrentino

Image : Luca Bigazzi

Musique : David Lang

Casting : Michael Caine (Fred Ballinger), Harvey Keitel (Mick Boyle), Rachel Weisz (Lena Ballinger), Paul Dano (Jimmy Tree), Jane Fonda (Brenda Morel)…

Sortie le 9 septembre 2015

Durée : 1h58

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