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Les Tupamaros, de la révolte vers la présidence

Le drapeau des Tupamaros

Le drapeau des Tupamaros

José Mujica, investi candidat du centre-gauche pour les présidentielles à venir en Uruguay, traîne derrière lui son passé de guérillero au sein des Tupamaros. Les Tupamaros ? A l’origine, une révolte pacifique menée par des coupeurs de canne, devenue guérilla.

Pépé Mujica

Pépé Mujica

1955 : année charnière pour l’Uruguay. Jusque-là, tout allait bien dans ce petit pays prospère où le bœuf était roi. La viande faisait vivre une nation sereine. Mais quand les cours chutent, le chômage grimpe en flèche et s’installe la crise.

Un avocat de campagne devenu paysan, Raul Sendic, fédère les caneros, les coupeurs de canne, en 1958, dans la région d’Artigas. Il crée un syndicat, l’UTTA. Le mouvement est pacifique et revendique le droit à l’obtention de terres laissées à l’abandon. En mai 1962, une marche est organisée : 600 kilomètres en vain. Rien ne se passe, la pauvreté s’est installée. Sendic est même interpellé par les forces de l’ordre ; il tourne alors son regard vers Cuba, et la Révolution de 1959… En 1965, le Movimiento de Liberacion Nacional Tupamaros, le MLN-T, apparaît. On dira vite les Tupamaros… Du nom de Tupac Amaru, le mythique chef Inca qui se rebella en 1780 face aux colons espagnols, au Pérou.

Les Tupamaros

Les Tupamaros

L’une des premières opérations est le cambriolage de la maison d’un notable de Montevideo. Pacifique, encore : un membre du commando se renseigne au préalable sur le gardien, un gramoune cardiaque, et de la coramine est amenée pendant le cambriolage. Le guérillero reste à côté du vieux gardien et de son épouse, prêt à lui faire une piqûre si besoin.

Les opérations évitent de mettre en danger la population civile. Plutôt pirater la radio pour diffuser son message, un jour de match de football, comme le 15 mai 1969… Ou opérer des perquisitions : la même année, la Financeria Monty est ainsi visitée. La presse reçoit des documents dûment commentés 15 jours plus tard : les preuves que 80 millions de francs de l’époque ont été gagnés via des manœuvres illicites… Scandale, et démission du ministre de l’agriculture dans la foulée. Les actions se multiplient. Un camion de victuailles est ainsi détourné au profit des quartiers pauvres. En cette fin de décennie, l’inflation est galopante et la croissance au plus bas.

La torture en guise de réponse

Au plus fort de la lutte, on compte moins de 10 000 Tupamaros. Le gros des troupes est issu des milieux ouvriers, étudiants, des gauchistes et des bourgeois, des fonctionnaires : la classe moyenne. Même le fils d’un responsable de la police, Raul Bidegain Creissig. Les paysans du début ne sont pas assez nombreux, la population de l’Uruguay étant profondément urbaine, près de la moitié de ses habitants résident à Montevideo. Les Tupamaros inaugurent la guérilla urbaine, s’éloignant des autres révoltes d’Amérique Latine, rurales comme au Nicaragua.

tupacamaruLes représailles sont sans pitié. La torture devient courante. La CIA et Nixon soutiennent et envoient des « formateurs » qui enseignent aux policiers locaux la torture et l’oppression. L’un d’eux, Dan Mitrione, issu du FBI, est enlevé par les Tupamaros qui réclament en échange la libération de 100 des leurs. Refus. Mitrione est exécuté, les médias reçoivent peu après la liste des précédentes exactions de Mitrione. Costa-Gavras en a fait un film, Etat de Siège, avec Yves Montand.

L'affiche du film de Costa-Gavras

L’affiche du film de Costa-Gavras

S’ensuivit une fuite en avant, de part et d’autre. L’enlèvement de Geoffrey Jackson, l’ambassadeur britannique. L’évasion spectaculaire de cent prisonniers de la prison de Punta Carretas. En 1971, se crée le Frente Amplio, une alliance de gauche, légale, et certains Tupamaros s’en rapprochent.

En 1972, Juan Bordaberry, du parti Colorado, prend le pouvoir avec le soutien des militaires, avant le coup d’état formenté le 27 juin 1973. Les Tupamaros ne s’en remettront pas. Tous les partis et organisations de gauche deviennent illégaux, tout simplement. Raul Sendic est emprisonné l’année suivante, comme la plupart des autres chefs de la révolte, dont José Mujica. Emprisonnés… mais aussi torturés, privés de contacts extérieurs.

Libérés, en route pour le gouvernement

Raul Sendic

Raul Sendic

Tous sont libérés en 1985, à la fin de la dictature. Le MLN-T renonce à la lutte armée par la voix de Sendic et s’intègre au Frente Amplio, la fédération de centre-gauche qui arrive au pouvoir en 2004. José Mujica devient alors ministre de l’agriculture. Une autre Tupamaros, Nora Castro, devient présidente de l’une des deux chambres du congrès.

Raul Sendic, l’initiateur de la révolte, est décédé en 1989.

José Mujica, l’ancien rebelle de 74 ans sera opposé, le 25 octobre prochain lors d’un scrutin capital pour le pays, à Luis Alberto Lacalle, qui fut président de 1990 à 1995, représentant les conservateurs, le Parti Blanco. Le troisième candidat est Pedro Bordaberry. Le fils de Juan Bordaberry, l’ex dictateur toujours emprisonné en attendant son procès pour violations des droits de l’Homme.

Sébastien Broquet

A lire : Les Tupamaros, guérilla urbaine en Uruguay de Alain Labrousse, paru au Seuil en 1971.


L’évasion de la prison de Punta Carretas

Un docu sur Raul Sendic, première partie…

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