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Le mix post apartheid de Tumi and the Volume

Tumi and the Volume

« Un disque que l’on ne pouvait même pas imaginer. Rap et mélodies en miroir de tout un continent » (1) (photo © DR)

L’Afrique du Sud est un territoire oublié des musiques actuelles ; et pourtant hip hop, house, kwaïto, jungle, electronica, rock : tous ces courants sont en terre australe vifs et inventifs, portés par des groupes novateurs qu’il est urgent de découvrir. Tumi and the Volume est de ceux-là.

(Biographie officielle du groupe rédigée en 2006 pour le label Sakifo Records)

Ce quatuor, formé fin 2001 au fil de jam sessions, publie en cette année 2006 un second album au titre éponyme réellement fascinant, savant mixe de groove et de poésie : deux mots résumant idéalement leur univers qui ne restera pas longtemps méconnu, parions-le. Un disque enregistré en trois mois fin 2005 aux studios Pyramid de Johannesburg, pour dix-sept titres à explorer.

C’est au fil de l’année 2001 que s’invente le projet Tumi and the Volume, dans le sillage des performances d’un MC au fameux flow, prolifique poète : Tumi Molekane. A Melville, quartier branché de Jo’Burg, tous les cafés ont une scène ou des platines. Les sons se métissent, s’interpellent, comme les couleurs de peau. Là se connecte la jeunesse décomplexée, cultivée, avide de nouveauté, d’un pays post-apartheid qui a appris à ne compter que sur lui-même. C’est au cœur de cette nexus que Tumi croise la route de deux membres de 340ml, fumeux combo local émargeant entre dub et reggae ; alors, les Mozambicains Tiago Paulo et Paulo Chibanga s’emparent respectivement de la guitare et de la batterie. Le quatrième larron, David Bergman, tâtant la basse. Tous trois ont l’habitude de jouer ensemble, backant au Bassline les passages live des MC’s, deux dimanches par mois. C’est l’un des lieux mythiques de la nuit à Melville. Tumi fait partie des invités récurrents, la rencontre naturelle débouche sur les premiers concerts, à Durban, Pretoria, Cape Town et Jo’Burg, tout au long de 2002.

56-203877-d-marecheraLa voix de Tumi, au grain instantanément reconnaissable, porte des textes puissants, conscients. Sous le régime de l’apartheid, la poésie fut une arme décisive, un vecteur de rébellion, d’engagement. Grâce à elle, scandée bien plus souvent qu’écrite, les messages pouvaient passer, les liens se tisser. Dans la culture urbaine d’aujourd’hui, ces traces sont restées, indélébiles. Tumi revendique aussi l’influence de Dambudzo Marechera, poète et romancier zimbabwéen décédé du sida en 1987, à 35 ans : l’une de ses plus fortes influences littéraires. Il sait aussi laisser de l’espace à d’autres : sur Johnny Dyani, titre hommage à ce bassiste free sud-africain, c’est Keorapetse Kgositsile qui s’empare du micro. Tumi a parallèlement publié un recueil de ses poèmes, The Black Inside Out.

Les mots de Fela, la pulse de l’afrobeat habitent encore leur monde sonore : le titre Afrique est hommage, à un continent, ses combats, un texte de foi envers lui.

Le son est hip hop, celui qui plonge ses racines dans le jazz, s’ouvre aux autres chapelles, qu’elles soient rock ou dub, et se joue live ; un hip hop s’inspirant des Roots comme de Miles Davis, et des Last Poets évidemment, dont l’un des membres fondateurs était, lui aussi, sud-africain.

Tumi and the Volume, c’est l’incarnation même du son contemporain de l’Afrique du Sud, un mix post apartheid détonnant et coloré, jamais résigné, toujours défricheur. Souple dans les grooves, tranchant dans les mots, précis en permanence.

Dès 2003, le pays leur offre le succès, à la sortie du premier opus enregistré live, évidemment au Bassline : c’est At the Bassline. La violoniste Kyla Rose Smith est encore de la party, elle s’évaporera l’année suivante pour se consacrer à son projet Freshlyground.

Tumi and the Volume sont alors nominés pour trois awards de la musique sud-africaine : meilleur groupe, meilleure pochette, et meilleur album rap. S’offrent la couverture de revues locales comme Hype Magazine. Enquillent les premiers assauts sur le vieux continent, en Angleterre, Belgique, Grèce, et en Norvège au Quart Festival où ils font la première partie pour les suscités Roots et Massive Attack. Au pays, ils ouvrent pour Positive Black Soul et Blackalicious, fascinent le North Sea Jazz Festival de Cape Town en 2004. Les tournées s’enchaînent, avec trois départs pour le Canada, dont un tour avec K’Naan, et une apothéose au Montréal Jazz Festival en 2006. A suivi un set mémorable au Sakifo Festival à La Réunion, dont les envoyés spéciaux de Radio Nova et Mondomix se sont fait l’écho.

Et ce n’est sans doute qu’un début ! Car rares sont les artistes nourris d’une substance aussi riche ; porteurs des espoirs et des doutes d’une nation, imprégnés de son passé, tournés vers son avenir.

C’est le cas de Tumi and the Volume. Ne passez pas à côté.

Sébastien Broquet

(1) Extrait du magazine Vibrations, juin 2006, par Pierre-Jean Chiarelli.

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