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Elève intelligent, mais court trop vers l’aventure au galop

Machine à croquer des pommes

Cette machine, oeuvre de Rodolphe Balanka, sert à croquer les pommes façon Catherine Deneuve. Elle fonctionne uniquement avec des Golden Virginia. Un fascinant mécanisme qui permet d’obtenir en série des pommes à haute teneur en TPES.

Vous n’êtes pas à l’abri d’une montée de TPES. Sachez-le. De nos jours, personne n’est à l’abri d’une brusque montée de TPES. 

(Article paru dans Novamag en novembre 2001)

Loana, Jean-Edouard et la piscine

Loana, Jean-Edouard et la piscine

Loana, Jean-Edouard, qui aurait misé un euro sur ces deux là ? Et pourtant, leur TPES a réalisé un bond vertigineux en un seul été. La TPES, c’est la Transformation de la Perception Economique et Sociale d’un objet. Une notion découlant directement des travaux de Rodolphe Balanka, grand homme qui déclara un jour : « Je fouille dans les décombres du présent afin de créer les vestiges du passé ».

Son petit-fils perpétue la démarche, à travers un musée itinérant, La Poudre aux Yeux. Pour comprendre comment, quand une star jette un objet, elle le transforme en joyau. Une notion difficile à explorer, mais belle et bien réelle… On sait la TPES fluctuante, en fonction des événements entourant la vie de la star (la lecture assidue de Voici est recommandée aux adeptes), mais aussi selon les critères géographiques. Exemple : à Saint-Amand-Roche-Savine (63), où le musée fit halte durant l’été, Nours est une star. Locale. Et en Auvergne, le simple fait qu’il mange un pot de yaourt suffit à faire monter la valeur de celui-ci. Mais à Anvers et ailleurs, où Nours est inconnu, le pot de yaourt (la marque du yaourt est sans incidence) ne vaut plus rien.

Dur pour Nours. Il peut se consoler en sachant que la TPES n’a rien à voir avec le talent – Jean-Edouard et Loana sont bien placés pour le savoir. Une étude a été menée sur le sujet. Prenez Nery, qui accueillit La Poudre aux Yeux lors de ses spectacles parisiens. Son calepin d’idée(s), lorsqu’il officiait au sein des VRP, valait 100 francs. Après dissolution, 4 francs. Un article paraît dans Libé : le calepin est coté à 8 francs.

La Poudre aux Yeux expose bien d’autres objets cultes, appartenant à des stars incontestables. Les ongles de doigts de pieds de Johnny H (qui furent coupés à la demande de Jean-Luc Godard lors du tournage de Détective. On n’a jamais su pourquoi : l’idole était filmée en plan américain). Une cigarette de Gainsbourg, unique : c’est la seule Gitane filtre qu’il a eu entre les mains, et il l’a allumé du mauvais coté… Le rasoir Bic de Jean-Pierre Papin, récupéré par le guide du musée, Joseph Dahan, embauché comme agent d’entretien au Parc des Princes (avant que JPP ne tourne la publicité). Le numéro de portable de Steven Spielberg, griffonné sur un bout de nappe (le dernier chiffre est caché, chacun a droit à son intimité). Et d’autres objets improbables, parfois surgis du passé : tel un vieux carnet de correspondance scolaire ayant appartenu à un élève de CE2 dénommé Diego de la Vega, portant l’appréciation « Elève intelligent mais court trop vers l’aventure au galop »

Cirkatomik

Jo, Manu et une star américaine (photo © DR)

Jean-Pierre Pernaut est (un peu) à l’origine de La Poudre aux Yeux. En 1993, il invite sur le plateau de Combien ça Coûte Joseph Dahan (dans le civil, guitariste des Wampas, mais aussi ancien de la Mano Negra) et Manu Layotte. Un reportage (tourné par Coyote production) montre les deux acolytes en pleine tournée des poubelles parisiennes, chinant des objets ayant appartenu à des personnalités comme Prince ou Deneuve pour les revendre à des particuliers. Sur le plateau, le présentateur exhibe une canette de bière bue par Jagger, cotée à 15000 francs, en la manipulant avec des gants de chirurgien (il ne faut pas effacer les empreintes digitales, au risque de réduire le taux de TPES à néant).

Un canular soigné, dévoilé dès le lendemain par le journaliste et complice Olivier Cyran, qui a suivi toutes les pérégrinations… Mais Dahan et Layotte ne sont pas les seuls adeptes du canular : si l’on retrouve aujourd’hui le peigne de Claude Brasseur (invité de l’émission ce jour-là) exposé à La Poudre aux Yeux, sachez que c’est la reporter ayant tourné le sujet qui le présenta comme authentique, les duettistes ayant affirmés qu’ils ne possédaient aucun objet de l’acteur de La Boum… Tout ceci n’est-il qu’un spectacle underground ?

Rappelez-vous, il y a quelques semaines, un australien a mis la main sur un carton de pizza dévorée autrefois par les Beatles. Une expertise est en cours, pour retrouver les empreintes digitales de Lennon. En cas de succès, le carton vaudrait quelques milliers de francs…

Sébastien Broquet

La Poudre aux Yeux, un spectacle conçu par Joseph Dahan, Manu Layotte et Laurent Hui. 

Cie Cirkatomik

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