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Sporto Kantès : « Comme quoi on se ressemble ! »

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Sporto Kantès. Joyeux drilles.

Les deux farfelus de Sporto Kantès osent sortir un second opus : on les croyait pourtant fâchés à vie après ce que l’on avait lu à la sortie du premier, Act 1 (Catalogue). Celui-ci obtint un joli succès, faisant planer les amateurs de dub, coincer les adeptes du lounge, et rêver les nostalgiques du trip hop. Une compilation a suivi rapidement, The Catalogue of Sporto Kantès (Village Vert), condensé de leurs influences. Enfin, celles de Nicolas Kantorowicz plutôt, si l’on saisit bien. Même si Benjamin Sportes a mis un bout d’oreille dans l’affaire… Peu importe : Sporto Kantès est de retour, avec 2nd round, un album sans doute meilleur que le précédent, où s’emmêlent leurs deux backgrounds, soul et rock, reggae et électronique. Interview rapide de deux grands gosses réconciliés mais toujours pas d’accord…

(Texte publié dans Novamag en mai 2004)

On ne s’attendait pas à voir arriver un deuxième album… 

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Une interview de Sporto Kantès ? Un combat.

Nico : Nous non plus ! Après le premier, chacun a pris ses aises. J’ai tout de suite enquillé sur la compilation Catalogue of Sporto Kantès, avec Benjamin qui était là aussi…

Benj : Non, non.

Nicolas : Si t’étais là…

Benj : Mais non, c’est toi qui l’a fait.

Nico : Tu l’as écouté, t’as proposé des morceaux. On a un droit de regard sur l’autre. Et j’ai commencé très vite à bosser de nouveaux morceaux avec Chen-Chen, certains sont sortis sous le nom de United Freaks sur Pop Lane. 

Benj : On avait plusieurs morceaux chacun, et on s’est rendu compte que l’on pouvait refaire un autre album.

Nico : Après plusieurs explications entre nous deux. On a bien rétabli certains trucs.

Benj : La condition sine qua non du deuxième album, c’était que l’on ne travaille plus ensemble. Chacun ses morceaux de son côté. 

Nicolas : Sporto Kantès, c’est une nébuleuse avec deux têtes pensantes.

Benj : Il devait y avoir deux CD dans cet album : celui de Nico et le mien. Mais le label ne voulait en sortir plus qu’un, du coup on a compilé nos meilleurs morceaux.

Nicolas : Tout en ayant chacun un regard, de loin, sur les titres de l’autre. Un seul morceau fut fait ensemble. Enfin, presque… Tell me, je lui ai donné mes éléments séparés, et Benj a fini le titre. A priori, c’est comme ça que l’on continuera à l’avenir…

Benj : S’il y a un avenir !

Nico : J’ai encore des morceaux en jachère.  

Benj : Tell me, c’est le seul titre sur lequel on s’est retrouvés. L’univers de Nico est dans la deuxième partie du disque, le mien au début.

Nico : Mais ça reste cohérent à l’arrivée. Comme quoi on se ressemble.

Plus de voix ?

Nico : J’ai invité Shanti D sur Yardie’s right. Je l’ai rencontré quand on a mis son morceau avec Junior Cony sur la compilation. 

Benj : J’ai fait intervenir un vieux musicien des années 60 nommé Brutus McClay, qui avait sorti des singles et un album sur CBS, avant de bosser en France avec Dave… Un fou furieux qui improvise au milieu d’un de mes titres.

Pour des mecs qui kiffent le reggae roots et le rock sauvage, ça vous fait pas chier d’être récupérés par les bourges du lounge ?

Nico : Non ! Et puis là, ils vont moins aimer je pense… 

Benj : C’est vrai, le premier album était complètement dans cette lignée lounge. De toute façon, la musique électronique, c’est 80% de bourges. A partir du moment où tu en fais tu assumes.

Nico : Et j’ai envie de parler à ces gens là !

Benj : Moi je m’en branle à la limite…

Toujours aussi virulents envers la musique électronique ?

Nico : Alors moi jamais !

Benj : C’est plus à la mode, plus besoin d’être virulent. Les mecs ont compris qu’au bout d’un album qui cartonne, s’ils veulent se mettre à faire de la vraie musique, c’est pas ainsi qu’ils vont apprendre. On voit ce que ça a donné : ça s’est très vite essoufflé. Je leur parlais d’énergie humaine, celle que tu déploies sur une scène avec un vrai chanteur. Et aujourd’hui tout le rock que l’on a écouté pendant des années revient à la mode, le label qui nous avait signé à l’époque ne prône que ça maintenant, ça me fait rire…

Nico : C’est plus compliqué que ça. Chaque mouvement quand il part est au plus fort de lui-même : tu as vu ça avec le rap, la house, l’électro… Et au bout d’un moment ça s’essouffle, et parfois ça repart. La prochaine vague, c’est peut-être un renouveau du rap old skool, les mecs vont refaire du Kurtis Blow. L’essence vient de là après tout.

Benj : L’essence, elle vient de l’urgence de faire les choses.

Nico : C’est marrant ces revivals. Tous ces groupes comme A Certain Ratio, les Ze Records, c’était hyper anecdotique à l’époque. Ça s’adressait à une niche. Les gens mettent vingt ans à comprendre ! Aujourd’hui Franz Ferdinand ou Rapture ça marche.

Benj : Attends, c’est carrément moins bien que le son de l’époque, c’est édulcoré.

Nico : Mais moi aussi je préfère les originaux, mais c’est bien : je peux désormais mixer du Gang of Four sans que l’on me regarde bizarre. J’aime bien les choses en gestation, comme chez les psychobillys : au début tu avais les Cramps et les Meteors, terrible. Et vite, tu as eu des centaines de groupes qui s’autocopiaient : faut arrêter le délire !

En parlant de rock&roll, maintenant que le dialogue est entamé avec les Wampas *, elle est où votre réponse ?

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* Sur leur premier album, les Sporto Kantès avaient baptisé un titre « Never trust a guy… (who’s never been a punk) ». Les Wampas, dont Nicolas fut le bassiste, répliquèrent en intitulant leur dernier album « Never trust a guy who after having been a punk, is now playing électro »…

Nico : Dans l’intro… On a mis l’ouverture du disque Les Wampas vous aiment, on a juste retiré le mot rock, « C’est tout à fond !! ». 

Benj : Au départ, la pochette de notre disque était un clin d’œil à celle des Wampas. Le label a flippé je crois. Eh, c’est rigolo… Quand tu es un peu médiatisé, si tu ne peux pas en profiter pour charrier un peu ! 

Que dire d’autre sur cet album, vu que vous êtes en promo ?

Nico : J’aurais aimé mettre plus de morceaux à moi !

Benj : Déjà t’en as plus que sur le premier… 

Nico : Oui, c’est vrai… Mais le premier était un accident, tout est un accident en fait. Regarde la pochette, c’est vraiment nous : un hybride, un monstre à deux têtes. 

Propos recueillis par Sébastien Broquet

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