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Saravah, label baobab

Il y a des années où l'on a envie de ne rien faire (photo © DR)

Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire (photo © DR)

Saravah ; tout simplement l’un des plus anciens des labels indés à idées, possédant goût(s) et bagout. C’est Pierre Barouh, Saravah : créateur, mentor, artiste, nomade. L’âme.

(Article paru dans Open Mag en avril 2006)

« Depuis mon adolescence, j’ai toujours été imprégné de l’obsession de L’autre Rive. C’est le titre d’une chanson inscrite dans l’album Le Pollen. Mais je me considère plus promeneur que nomade… » raconte Barouh, depuis le Japon, où il s’installe entre deux pérégrinations, en quête d’inspirations et d’humaines relations – c’est déjà cette disponibilité de cœur qui lui fit publier les premiers disques de Jaques Higelin et d’Areski ; et Brigitte Fontaine, avec l’Art Ensemble of Chicago, Baden Powell, la new wave japonaise. Ou encore Akendengué et Alfred Panou.

« Alfred Panou, pour l’anecdote, je l’ai rencontré rue des Abbesses, au flipper du bistro le Saint Jean faisant face à Saravah, alors que l’Art Ensemble de Chicago s’amusait au studio. Nous avons traversé la rue et quelques heures plus tard, deux titres étaient en boite. Un de ces deux titres est présent sur une compile japonaise, l’autre sur la compile à paraître pour nos quarante ans. »

Des disques en forme de rencontres, des artistes en transit artistique. « Une phrase de Vinicius de Moraès est inscrite dans Samba Saravah : La vie c’est l’art des rencontres. Mon dernier album a pour titre une devise japonaise: Itchi go Itchi e, en français c’est Une Rencontre, Une Occasion… » Ce 45 tours de Panou avec les jazzmans américains est aujourd’hui un Graal pour les vinyles maniacs.

Quarante ans d’indépendance : ce label né au cœur de l’agitation sixties, en 66 exactement, trouva son nom au Brésil, initialement celui d’un documentaire que réalisa Barouh. « Saravah est un mot qui vient de la nuit des temps africaine, véhiculé par les esclaves. C’est un salut généreux et convivial. Les éditions Saravah, contrairement à la légende, ne sont pas nées du succès D’un Homme et une Femme, mais de son insuccès supposé : aucun éditeur ne portant attention à cinq chansons accompagnant un film d’un réalisateur inconnu dont quatre écrites avec un jeune accordéoniste niçois et une, hommage aux musiciens et poètes populaires brésiliens que l’on continue à découvrir aujourd’hui. Vertu des paradoxes : c’est parce que nous n’avions pas de moyens que nous avons eu cette liberté… » Ainsi naquit Saravah, et la carrière de Claude Lelouch. Mais Barouh se refusa à embrasser celle d’entrepreneur, évidemment.

« Je n’ai jamais pris ni salaire, ni notes de frais. Tout l’argent va à la création. Pour être honnête, depuis quelques années, je me fais offrir de temps en temps un billet d’avion pour le Japon où ma présence dans ce pays joue un rôle prépondérant pour la survie de l’aventure. » Barouh vit des rentrées SACEM, régulières, sur son compte en banque : luxe ultime, label cultissime.

Mais pourquoi le Japon ? « J’y suis actuellement et nous lui devons la survie de Saravah. Tout ce qui en France me fait traiter d’utopiste (je veux bien) et de marginal (ridicule) est reconnu ici et m’offre de merveilleuses aventures illustrant mes passions, mes images et mes écrits… »

Sébastien Broquet

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