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Saodaj’, maloya nomade

Saodaj

Saodaj, un maloya sans frontières.

Fraîchement éclot, Saodaj’ s’est d’emblée trouvé une place à part dans le paysage des musiques réunionnaises. Une place bien particulière, à l’écart et pourtant fort visible, attisant les curiosités. Lancé et mené par Marie Lanfroy qui écrit et compose la grande majorité des morceaux, Saodaj’ se fond dans l’univers maloya mais s’évade constamment, voyage, se nourrit des influences diverses de ses quatre membres. Saodaj’, c’est le maloya nomade. Celui qui s’émancipe et s’ouvre aux horizons.

Depuis longtemps Marie Lanfroy, née à La Réunion mais voguant durant des années sur la route, désirait façonner un tel projet personnel. Le moment venu, les rencontres successives ont permis l’éclosion : Adrien et son didgeridoo amènent la touche mystique et aborigène. Nathan, également accompagnateur de Tyeri Abmon, apporte le socle des percussions traditionnelles. Et Fodé, adepte du kamelon goni, importe l’Afrique de l’Ouest et mêle les rythmes maloya de l’île à ceux du grand continent. Au sein de ce quatuor complémentaire, une véritable recherche musicale s’est instaurée, un partage d’expériences et d’univers qui façonne le son si original du groupe, que l’on pourrait situer comme un mélange improbable et pourtant évident à l’écoute entre Danyel Waro et Dead Can Dance. Voix cristalline et rythmes ternaires s’y allient à merveille, s’enlaçant dans un univers très coloré…

Les textes sont souvent signés par Marie Lanfroy qui les chante ; mais aussi par Guillaume Humez, orfèvre dans le maniement de la langue créole. La nature, l’évasion fournissent les thèmes abordés dans l’écriture. Marie, si elle est née sur l’île, est vite partie à Madagascar où elle a vécu jusqu’à 7 ans avant d’aller au Cameroun, puis à Reims – un choc, dans cette ville où elle doit s’habituer à sa propre culture. Avant un retour à La Réunion, à l’âge de 18 ans. Là elle part à la recherche de toute une culture, sa culture : « Je me suis sentie déracinée des années » dit-elle.

Un concert de Danyel Waro à Saint-Leu scelle définitivement son amour de la musique péï, la découverte de cet « artiste incroyable » lui donne alors l’envie d’écrire, de créer. Elle parcours nombre de kabars pour apprendre et ressentir, pour imprégner son âme comme son corps. Et commence à chanter dans ces mêmes kabars, apprenant à maîtriser la langue créole.

Saodaj’ est la suite de cet apprentissage, prenant forme en septembre 2011. Quelques dates au mythique Kabar Boissy lui donnent corps, avant un premier concert officiel à La Cerise de Saint-Paul, le 27 avril 2012. Une quinzaine de concerts suivent à Léspas, aux Pot’irons, permettant d’affiner le son du groupe – consolidé par une résidence en septembre 2012 au Séchoir, placée sous la houlette bienveillante de Jean-Luc Trulès. Le tout étant chapeauté avec un regard bienveillant par l’association Kadadak (Jim Fortuné, Airzik…).

Loin des sentiers battus, préférant les chemins de traverse, Saodaj’ se tisse doucement un bel avenir. A suivre de près. Et en guise de mise en bouche, voici leur live complet au festival Le Rêve de l’Aborigène à Airvault en juillet 2013.

Sébastien Broquet