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Sous les pavés, la vigne

Antonin Iommi

Antonin Iommi-Amunategui : heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière

Le vin change. Le vocabulaire peuplant son univers a évolué : du côté des vignerons, des gens du métier, on parle de résistance et de rebelles. De condamnations, aussi. Côté consommateur, l’amateur ne va plus chercher une bouteille de Bourgogne ou de Merlot mais guette la sortie de la dernière cuvée d’Olivier Técher ou bien chine une quille de Anne, a wine again… Bienvenue dans le nouveau monde du vin indie : alternatif, rebelle et conscientisé.

Affichette_générique_Salon_Rue89_2014La seconde édition du Salon Rue89 des vins se tiendra ces dimanche 27 et lundi 28 avril, à La Bellevilloise, dans le 20ème à Paris. « Sous les pavés, la vigne ! » : cet intitulé déjà en dit beaucoup sur la différence de ce salon pas comme les autres, rendez-vous illustrant les nouvelles tendances du monde du vin. Naturel, rebelle, cosmopolite, éthique : de la nouvelle cuvée du racé et indie Pom’n’roll d’Olivier Técher aux jus d’Emmanuel Giboulot, le vigneron condamné pour avoir refusé d’utiliser des pesticides, les nectars pas communs ne manqueront pas. En passant : Emmanuel Giboulot animera un débat sur la désobéissance citoyenne, dimanche à 14h. Thoreau n’est pas loin… Une large place sera par ailleurs réservée cette année aux italiens parmi lesquels Elisabetta Foradori, Massimo Coletti, Ampeleia…

Mais ce salon vaut aussi par la présence d’auteurs – de bandes dessinées (Michel Tolmer), de guides et de livres. Isabelle Saporta, journaliste d’Europe 1 ayant causé une onde de choc dans le milieu des grands crus classés avec son enquête VinoBusiness (Albin Michel), sera présente. Comme le cinéaste Jonathan Nossiter, acclamé réalisateur de Mondovino qui présentera lundi soir l’avant-première de son nouveau film, Résistance naturelle, consacrée cette fois aux vignerons italiens naturels.

Tout le programme est en ligne sur le blog No Wine is Innocent, animé par Antonin Iommi-Amunategui, également maître d’oeuvre de l’événement qui en profite pour se présenter, ci-dessous.

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Un petit mot de présentation : qui es-tu ?

Antonin : A la base, je suis blogueur, issu de Vindicateur. Je viens d’Internet en paix, pour vous mettre un verre de vin alternatif dans la main ou direct à la bouche. C’est mieux qu’une ostie.

Ce salon Rue89 : c’est aussi une manière de montrer que le vin est un bien culturel, et pas seulement un produit alimentaire comme un autre ?

Culturel, politique, social… Le vin c’est un révélateur de plein de trucs ; en le décortiquant, on peut sans doute retrouver tous les travers (et les espoirs) de notre société. C’est une grille de lecture comme une autre, finalement, mais en plus sympa.

Comme autrefois dans la musique ou le cinéma, se dessine une nouvelle tendance : la séparation entre vignerons indépendants, adeptes d’un goût différent, d’un certain art de faire, face au « mainstream » : de gros groupes, des « majors » qui dominent le marché. Comment vois-tu cette évolution, cette rupture ?

Est-ce que ce n’est pas toujours d’actualité dans la musique ou le cinéma ? En tout cas, ce parallèle, c’est le cinéaste Jonathan Nossiter (qui sera présent lors d’un débat le dimanche, et dont le nouveau film Résistance naturelle sera projeté en avant-première le lundi, en clôture du salon) qui l’établit le mieux. Pour lui c’est sûr, les vignerons en rupture avec le modèle dominant montrent la voie, en refusant la standardisation, quitte à perdre leur AOC ou écoper de lourdes amendes ; cette standardisation étant d’ailleurs inévitable dès lors qu’on industrialise une production, quelle qu’elle soit : dans le vin comme dans la musique ou le cinéma…

A la Bellevilloise : qu’est-ce qui attend le visiteur, que va-t-il voir, goûter, écouter ? 

Beaucoup, beaucoup de choses. Je décris le programme et plante longuement le décor sur No wine is innocent. Mais, en deux mots, 50 vignerons remarquables en dégustation, et un peu de bière aussi. Un débat le dimanche, pour lequel nous avons invité ceux qui font l’actualité du vin : Jonathan Nossiter, donc, mais aussi Emmanuel Giboulot, vigneron bourguignon condamné pour avoir refusé d’utiliser des pesticides, ou Isabelle Saporta, journaliste auteur du polémique VinoBusiness. Nous avons encore une belle brouette d’auteurs en dédicace, et une animation décalée autour des accords mets-vin. Et le lundi, comme je l’expliquais tout à l’heure, le ciné-club Rue89 avec la projection de Résistance naturelle en avant-première, suivie d’une dégustation de vin italien résistant !

Les vins naturels… vont-il conquérir le pays ? Faut-il un apprentissage pour les apprécier ? 

Non. Oui… Je développe : les vins naturels sont par nature minoritaires, et sauf révolution globale à laquelle même moi je ne crois pas, cela ne changera pas. En revanche, leur exposition médiatique de plus en plus importante contamine et influence le milieu viticole. Ensuite, avec des initiatives comme ce salon, porté par un média généraliste tel que Rue89, on déborde le milieu du vin, on interpelle un public plus large… C’est aussi l’idée.

resistance_naturelle_affiche_film_jonathan_nossiter_mondovino_vin_naturelVignerons rebelles condamnés, enquête d’Isabelle Saporta… En quoi le vin est-il devenu si politique, reflet de notre société ?

Le vin est à l’évidence un reflet de notre société, comme tout ce que nous consommons, qui en dit long. Politiquement, c’est très intéressant aussi. Prenons Marine Le Pen, par exemple. Elle est, de loin, la personnalité politique la plus présente dans le vignoble : Chablis, Bordelais, Beaujolais, Bourgueil… Elle traîne partout. Il ne faut pas lui laisser le monopole du pinard. Le vin est un enjeu important, et c’est encore plus vrai en France. En mettant un coup de pied dans cette grande fourmilière, qui a tendance à roupiller ou à machiner pépère dans son coin, les Giboulot, les Saporta, les Nossiter, contribuent à faire bouger les choses. Et nous aussi, je l’espère, avec cet événement.

Un mot sur Jonathan Nossiter qui va présenter son nouveau film, Résistance naturelle ?

Dix ans après sa bombe Mondovino, Jonathan a décidé de braquer à nouveau sa caméra sur le monde du vin. Cette fois exclusivement sur l’Italie, où en effet il se passe quelque chose d’important autour des vignerons naturels, qui y sont encore plus stigmatisés qu’en France. Il leur rend un hommage intense dans ce film, qu’il qualifie lui aussi de « naturel ». Un must-see, qui a le défaut de donner soif.

Propos recueillis par Sébastien Broquet