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Professor Wouassa, l’afrobeat suisse

L'afrobeat venu de Suisse

L’afrobeat venu de Suisse

Au détour d’une visite à Genève en mai dernier, à l’occasion du Mapping Festival, j’ai pu flâner dans les rues de la ville et dévorer l’édition dominicale du quotidien Le Temps à une terrasse ensoleillée. L’occasion de découvrir toute une scène métissée, groove, ethno bourgeonnant en Suisse : un excellent dossier était consacré à ces groupes, dont la National Fanfare of Kadebostany et ceux qui nous intéressent ici, Professor Wouassa, petite bombe d’afrobeat prouvant que ce genre est désormais bien ancré à l’international. Voici nos échanges, via email.

Professor Wouassa

Professor Wouassa

Professor Wouassa, qui-est-ce, d’où vient le groupe, et ce nom presque issu de l’univers de la bande dessinée ?

Le nom Professor Wouassa vient de ces petits cartes de visite qu’on reçoit parfois dans nos boîtes à lettres. Un marabout africain vous propose de le consulter et vous promet fortune, retour de l’être aimé… L’un d’eux s’appelait Professeur Wouassa. Ce sont la plupart du temps des imposteurs et c’était une manière symbolique de prendre un peu de distance par rapport à notre statut de Blanc qui jouons de la musique africaine.

L’Afrobeat en Suisse, on le découvre comment : sur scène, en vinyles, Couleur 3 ?

Un peu des trois en même temps :

Couleur 3 ne passe pas beaucoup d’afrobeat, mais certaines de leurs émissions spécialisées oui (Les Métissages, Republika Kalakuta). On a été beaucoup soutenu par ces émissions car le monde de l’afrobeat en Suisse est vraiment très petit. Il n’y a, à ma connaissance, que trois groupes (The Faranas, Bruno Duval’s Hopeproject et nous) qui nous inspirons directement de cette musique.

Nous ne sommes pas vraiment des collectionneurs de vinyles et de raretés mais on écoute beaucoup de disques. On s’est toujours senti proche de la musique africaine en général, de cette façon si particulière de groover, de ces harmonies et de ces rythmes de transes. Plusieurs membres du groupe viennent du jazz, du funk, de la soul et avec l’afrobeat on redécouvrait différemment ces styles de musiques.

On a également eu l’occasion de découvrir des groupes d’afrobeat sur scène: Tony Allen, Seun Kuti & Egypt 80, The Soul Jazz Orchestra, Antibalas, The Budos Band, Fanga, Afrodizz… Certains d’entre-nous ont vu Fela à l’époque.

Comment vois-tu l’afrobeat aujourd’hui ? D’emblème du Nigéria, affilié à Fela Kuti, c’est vraiment devenu un genre international, ouvert à tous les métissages et origines ?

C’est toujours bien sûr affilié au Nigéria car Fela Kuti a été une personnalité tellement forte, à l’image d’un Bob Marley pour le reggae.  Mais à l’époque il y avait aussi de l’afrobeat au Ghana (avec Ebo Taylor…), en Ethiopie (Mulatu Astatke…), au Bénin (Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou) et sûrement dans d’autres pays d’Afrique. On découvre encore maintenant des perles de la culture musicale africaine à travers toutes ces compilations…

Aujourd’hui je pense effectivement que les groupes occidentaux ont vraiment su se réapproprier ce style et surtout le faire évoluer. Avec tout le respect que j’ai pour Seun Kuti ou Femi Kuti, je pense quand même qu’ils jouent un style d’afrobeat qui est très proche de ce que faisait leur père. Ils sont restés dans une certaine tradition alors que les occidentaux ont fait évoluer le style par leur regard forcément différent. On remarque ça également dans d’autres styles de musique (Mama Rosin avec la musique cajun, Imperial Tiger Orchestra avec la musique éthiopienne, Quantic avec la musique cubaine…)

Je trouve aussi marrant qu’au niveau du son les albums de Seun et de Femi ont un son très propre, presque occidental, alors que les groupes d’afrobeat occidentaux (Antibalas, The Budos Band, The Soul Jazz Orchestra…) vont plutôt rechercher un son vintage à la Fela.

La mondialisation et l’arrivée d’internet ont bousculé pas mal de choses et on a désormais beaucoup plus facilement accès aux différentes cultures, même si ça ne remplace pas d’avoir vécu ou être née dans le pays.

L’afrobeat, c’est politique ?

Ca l’était pour Fela, ça l’est pour Seun Kuti ou Femi, pour Antibalas également, mais ça ne l’est pas toujours pour Ebo Taylor si je prends comme référence les paroles de leurs morceaux. Chacun décide du message qu’il veut faire passer, afrobeat ou pas. Nous avons également quelques morceaux plus engagés (No More Talking écrit et chanté par Korbo du groupe Fanga) et d’autres plus légers.

No More Talking feat Korbo by Professor Wouassa

L’Afrique. Ton regard sur ce continent, tu le connais, tu le fréquentes, tu te documentes ? Comment la ressens-tu ?

Motherland

Motherland

J’y suis allé quelques fois en tant que touriste (Kenya, Tanzanie, Maroc) et une fois en tant que musicien (Sénégal) pour quelques concerts avec le rappeur Didier Awadi. Encore jamais au Nigéria, mais j’espère bien y aller une fois, comme au Congo, au Mali ou en Ethiopie. Ce sont des pays qui m’attirent beaucoup. Ce sont des cultures tellement différentes de la notre. On a beaucoup de chose à y apprendre, je crois.

C’est un sujet long et compliqué, mais je suis révolté contre la place trop importante qu’a pris l’argent dans notre société, contre le pouvoir grandissant des multinationales, contre la politique mensongère occidentale et son étau sur l’Afrique. J’espère vraiment qu’un jour les africains pourront se libérer de tout ça et pourront exploiter sainement leur richesse dans le respect des droits humains.

Quelle est cette scène Suisse qui se métisse, s’ouvre à la sono mondiale, avec Imperial Tiger Orchestra ou National Fanfare of Kadebostany ? J’ai lu le papier dans Le Temps, est-ce nouveau, existe-t-il d’autres groupes, des précurseurs ? Quel est ton regard là-dessus ?

Ce phénomène est vraiment nouveau. Et tous ces groupes ne se connaissent pas depuis très longtemps. On a commencé à faire notre petite cuisine chacun de notre côté. On se retrouve également dans une esthétique sonore un peu vintage et sale, c’est aussi ça le lien parce qu’il y a toujours eu des groupes qui ont fait de la world music, mais peut-être de façon plus traditionnelle. Mais en Suisse les gens ne sont pas encore très familier à la world musique contrairement à la France qui a une vraie scène et un vrai public pour ce style, mais ça va peut-être évoluer.

Propos recueillis par Sébastien Broquet

Find a Way feat. Thaïs Diarra and Didier Awadi by Professor Wouassa

Sunshine feat. Black Cracker by Professor Wouassa

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