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Valbuena, l’élément pertubateur

Valbuena, tout est passé par lui. Sur le terrain, comme en dehors. (photo © Olympique Lyonnais)

Valbuena, tout est passé par lui. Sur le terrain, comme en dehors. (photo © Olympique Lyonnais)

Un match plein et intense, s’achevant par un nul justifié – les deux équipes ayant eu leur mi-temps, avant un final échevelé où les deux formations se sont mises en quête du KO. Mais le vrai choc est venu des tribunes, où les débordements ont conduit à deux interruptions de la partie – la seconde durant plus de 20 minutes. Déplorable, mais le cynisme ultra-libéral doublé d’un désintérêt total pour le football en tant que jeu du président marseillais Vincent Labrune (qui a en sus dérapé dans les médias dans la foulée) n’est pas étranger à ces incidents. Côté foot, Lacazette a enfin marqué et Valbuena est le patron de l’entre-jeu lyonnais. En face, Lassana Diarra, ce bonheur de top player, a encore une fois impressionné : impassible dans la tempête, classe dans l’attitude et toujours juste dans le jeu. Un régal, ce joueur.

Marseille 1-1 Lyon

6ème journée de Ligue 1, le dimanche 20 septembre 2015

Stade Vélodrome – 65000 spectateurs

D’abord, le jeu. Un OL recomposé sur les bases de l’an dernier – exit le fébrile Mapou Yanga-Mbiwa, et retour de Milan Bisevac en charnière centrale ; idem à droite, où Rafael laisse sa place à Jallet. Seul le relayeur espagnol Darder prend la place de Ferri, comme attendu depuis plusieurs matchs où le jeune lyonnais s’était montré bien trop fade. Devant, Valbuena est bien là, Lacazette aussi, et Beauvue occupe donc à long terme le poste logiquement dévolu à Fékir, faute d’alternative (Cornet et Kalulu n’ont toujours pas marqué lors de leurs entrées en jeu). Corentin Tolisso, en phase ascendante, est conforté, et Bedimo est bien le titulaire à gauche, offrant plus d’impact que son concurrent Morel. Capitaine Gonalons est fixé en n°6. Au vu des dernières prestations, c’est la composition d’équipe la plus logique qu’il puisse être que Fournier et sa team ont aligné.

L’OL a alors déroulé son plan de jeu, maîtrisant une première mi-temps permettant à Lacazette d’enfin ouvrir son compteur, sur pénalty : il fallait du courage pour tirer celui-ci, au Vélodrome, quatre jours après avoir loupé celui face à La Gantoise… Mais il s’est ensuite passé la même chose bizarre qu’en Champion’s League : après avoir maîtrisé les débats et pris l’ascendant au score, Lyon s’est soudain immobilisé, démobilisé, a cédé du terrain, puis son emprise, puis les trois points… Le tout en supériorité numérique, encore. Une fébrilité étonnante de la part des jeunes joueurs lyonnais, atteint d’une forme de peur de gagner ? On peut s’étonner aussi des demandes du staff, par la voix de Genesio, lors de ces deux matchs de reculer au moment où il aurait fallu appuyer pour enfoncer l’adversaire.

Marseille, avec un Lassana Diarra étincelant, a su aussi se révolter devant son public et montrer du caractère : dommage que ce ne soit pas encore une équipe, pour cause de gestion calamiteuse (sportivement parlant) de l’inter-saison.

Ensuite, Labrune. Le responsable, c’est lui. Sans vouloir non plus ôter la part de responsabilité des abrutis lançant des canettes sur les joueurs, il faut contextualiser : à Marseille, l’amour du maillot, ce n’était jusqu’à l’arrivée de Vincent Labrune à la présidence pas un vain mot. Le public marseillais a toujours su reconnaître les siens, à commencer par les joueurs ayant permis au club de gagner des titres ou de réaliser quelques exploits sur la scène européenne.

Mathieu Valbuena fait parti de ceux-là : clairement, il s’est inscrit dans l’histoire du club, s’est toujours battu contre les éléments sans faire de vagues (remember quand Didier Deschamps n’en voulait plus, avant de se rendre à l’évidence) et a fait des merveilles sur la scène européenne (ce but à Liverpool…)

Il est parti tête haute, sans être en fin de contrat, pour Moscou. Avant de revenir à Lyon, car la politique de son club en Russie a changé et qu’il n’avait plus de coupe européenne à jouer. Rien d’infamant, à un an de l’Euro, d’avoir envie de se montrer pour maintenir sa place et son niveau chez les Bleus. Labrune, à l’époque, n’avait pas cherché à le retenir, bien content d’empocher l’argent du transfert. Comme il l’a fait cette année avec nombre d’autres joueurs, dans son grand marché estival.

Car c’est bien là le problème : les supporters de l’OM, cette saison, n’ont plus de joueurs auxquels s’identifier. Deux mercato en un seul (avant / après le départ de Bielsa), des leaders et des anciens partis, il ne reste que… Steve Mandanda, pour assurer une continuité. Pas vraiment de minots non plus pour titiller l’équipe première. Un coach dont on ne sait pas grand chose arrivé en dernière minute, de nombreux joueurs venus d’un peu partout par la grâce d’un fond d’investissement qui semble clairement prendre ses aises au club. Le dernier rempart, c’était Marcelo Bielsa. La dernière idole, c’était l’entraîneur argentin. Son départ a fait voler en éclat ce qui restait de culture club et d’amour du jeu.

Avec Bielsa, on peut imaginer que la situation n’aurait pas dégénéré ainsi. Maître communicant, amoureux des grands joueurs, il aurait probablement déminé la situation en conférence de presse avant le match, en rendant hommage au joueur. Peut-être aurait-il eu le courage d’aller vers les kops si des projectiles avaient volé, qui sait. Lui avait une crédibilité pour le faire. Personne d’autre ne l’a à Marseille aujourd’hui, si ce n’est Mandanda. Et ce  dernier n’a pas bronché. Bielsa n’aurait jamais non plus toléré les attentats contre Valbuena. Lui qui déteste l’injustice comme la tricherie. Un marquage intense, sans doute. Mais cette sensation qu’un contrat avait été lancé contre le meneur (à la manière de Gernot Rohr sur Alain Giresse il y a quelques années de ça, en pleine rivalité entre Bordeaux et Marseille, comme l’écrit L’Equipe), non, un coach digne de ce nom ne l’aurait pas accepté. Et ce n’est pas un hasard si c’est celui qui devrait aujourd’hui être le leader technique de l’OM, Alessandrini, qui s’est fait expulser pour son agression : il n’a pas le talent nécessaire pour succéder à Mathieu Valbuena et Dimitri Payet techniquement, alors il tente le vulgaire règlement de comptes pour se mettre le Vélodrome dans sa poche. En vain.

Mais sans ce grand marché estival, dénaturant l’équipe  – chaque supporter sait d’avance que les joueurs les plus performants cette saison seront vendus l’été prochain : comment s’identifier, adorer, applaudir ? – sous les coups de boutoir spéculateurs de Labrune et de Doyen Sport, les supporters n’auraient pas besoin de haïr leurs idoles d’hier. Tout au plus, Valbuena aurait subi quelques sifflets sur une action litigieuse ou au pire lors de l’annonce des compositions. Mais là, un pendu à son effigie dans les tribunes, les canettes, la bronca… Trop. Too much. Pathétique. Et c’est bien parce que Valbuena représente tout ce que l’OM a perdu aujourd’hui : la fidélité à ses couleurs pendant huit ans, l’amour de son club. On comprend finalement les supporters de l’OM : ils ont hué et haï tout ce qu’ils désireraient encore avoir, tout ce qui a fait la gloire de leur club pendant des années et qu’ils voient se déliter de jour en jour sous les assauts mercantiles de leur président. C’est lui, qu’il fallait siffler.

4-4-2 en losange

Anthony Lopes (7) : Tranquille, Anthony. Même sous les canettes, il n’a pas bronché, ne s’est pas déconcentré et a mis en échec les attaquants adverses sur des situations brûlantes (Nkoudou, à la 67ème) tout en rassurant sa défense continuellement. Solide. 

Henri Bédimo : Le roc camerounais s’est blessé au bout du quart d’heure de jeu, et c’est bien dommage car offensivement il apporte définitivement plus que sa doublure, Morel (5), qui a eu du mal en plus à fermer son couloir. 

Samuel Umtiti (6) : Calme, omniprésent, presque plus de fautes de concentration qui le pénalisaient l’an dernier ; Umtiti ne quitte plus le 11, devient mature mais n’a pas encore la vista suffisante pour l’amener en équipe de France. Il n’en est pas loin. 

Milan Bisevac (5) : De retour de blessure, il a fait du bien et reste pour l’instant le meilleur complément de Umtiti en charnière. A besoin de retrouver le rythme, mais pourrait vite faire oublier Mapou s’il retrouve la régularité et son impact.

Christophe Jallet (6) carton_jaune : Ultra offensif comme depuis le début de saison, Christophe Jallet a su encore une fois museler son adversaire direct, Mendy, au fil du match. Précieux.

Maxime Gonalons (4) C : Peine à suivre la montée en puissance de ses coéquipiers. Quand ils étaient à la traîne, il donnait l’impression de tenir la baraque. Maintenant que les Tolisso, Lacazette & co recommencent à faire le jeu, Gonalons paraît en retrait et n’a pas son influence habituelle. Coupable sur l’égalisation de Rekik.

Sergi Darder (5) : Bientôt indispensable en milieu de terrain. Sa vision du jeu et sa qualité de passe vont faire beaucoup de bien à l’équipe. Comme ses frappes de loin. Encore en rodage. Va devoir gérer la concurrence de Jordan Ferri, entré à la 69ème et qui n’a pas dit son dernier mot.

Corentin Tolisso (6) : Lui, il progresse à chaque match et a fait un bien fou à son équipe, surtout en première mi-temps. Présent dans les duels, précis dans les passes vers l’avant : Corentin n’est pas loin de passer un cap.

Mathieu Valbuena (7) : Malgré les remous autour de lui, malgré le traitement de faveur appliqué en tribunes comme sur le terrain, il a répondu présent et s’est montré décisif (il amène le pénalty et fait expulser Alessandrini) mais il rate la balle de match d’une superbe reprise de volée envoyée dans les nuages… 

Claudio Beauvue (4) : On ne peut nier qu’il donne ce qu’il a, qu’il met du coeur dans la partie… Mais c’est bien insuffisant et sa relation technique avec ses partenaires reste vraiment pauvre. C’est Kalulu qui est entré à sa place à la 79ème : vif.

Alexandre Lacazette (7) : Le retour. Il marque, c’est l’essentiel. C’est sur pénalty, mais il fallait le faire après l’échec face à La Gantoise. Très fort, même s’il est encore loin de son niveau de l’an dernier.

Hubert Fournier (4) : On ne comprend toujours pas pourquoi il demande à son équipe de reculer quand elle mène à la marque et joue en supériorité numérique… 

Buteurs

  • Nabil Fékir : 4 buts / 4 matchs
  • Claudio Beauvue : 2 buts / 6 matchs
  • Alexandre Lacazette : 1 but / 5 matchs

Passeurs

  • Corentin Tolisso : 2 passes / 6 matchs
  • Mathieu Valbuena : 1 passe / 5 matchs

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