sebtheplayer
One trip into 4th world beatz and global grooves
One trip into 4th world beatz and global grooves.
No Comment : “La compétition fait partie du slam”
Le champion du monde de slam est américain et se nomme Joaquin Zihuatanejo. Vendredi dernier, il donnait une conférence au théâtre de Pierrefonds. Même si le slam c’est chiant, quand c’est pour un champion du monde, je me déplace.
Dans un vieux film de Cédric Klapish, le cultissime Péril Jeune, une scène aussi émouvante qu’hilarante montre cinq post adolescents parler de leur (no) futur. Et quand Romain Duris se tourne vers son pote pour lui demander ce qu’il veut faire plus tard, le branleur ayant toujours un ballon à portée de main lui répond : “champion du monde !”
“Mais de quoi ?” rétorque l’autre. “J’m'en fous, mais champion du monde !” assène le cancre dans un éclat de rire. Ne se doutant sans doute pas que certains vont jusqu’à organiser aujourd’hui des championnats du monde de poésie ! Ou de slam, plus exactement. Cette poésie jouée, interprétée, scandée, où le corps et le regard prennent forme avec les mots, jetés en pâture à un public se devant de participer, de répondre, d’invectiver. Des supporters. La poésie comme sport de combat.
Le champion du monde de slam était sur l’île, à Saint-Pierre, invité d’honneur du second championnat de l’océan Indien. Vendredi dernier, il donnait une conférence au théâtre de Pierrefonds devant un public clairsemé. Ce champion du monde, c’est Joaquin Zihuatanejo.
“La compétition, ça fait partie du truc. Marc Smith a compris ça de suite, en allant dans une soirée poésie où chacun lisait ses textes d’un ton ennuyeux…” Ce Marc Smith là n’est pas le chanteur de The Fall, mais bien un écrivain de Chicago, qui décide au milieu des années 80 d’organiser des compétitions dans un bar, le Green Mill, créant ainsi le slam. “Il a compris que le public doit participer, a eu l’idée d’en faire un jeu, une compétition, pour que les gens écoutent vraiment. Avec des points, des classements, des juges. Que l’assistance puisse aussi huer les juges !”
Eloge des seins
Le mouvement s’est propagé, et Joaquin en est devenu l’un des leaders. “Mais c’est un jeu où l’on ne gagne pas d’argent, seule compte l’émulation. J’ai découvert le slam une nuit, à la TV, sur HBO qui rediffusait un concours. Je préparais mon mémoire de maîtrise, j’étais épuisé mais n’arrivait pas à dormir… Je n’avais jamais vu ça. Des slammeurs, les uns après les autres, avec leurs noms et leurs villes affichés sur l’écran. L’un d’eux était de Dallas, comme moi. C’était un éloge des seins, hilarant : j’ai éclaté de rire, j’en pleurais, ma femme s’est réveillée et m’a pris pour un fou… Mais j’étais revigoré, je suis allé voir ce Rock Baby qui organisait des soirées slam dans le centre de Dallas.”
La première fois, Joaquin découvre l’ambiance, furieuse. La seconde, il se dégonfle juste avant de monter en scène. La troisième fois, il s’apprête à faire de même quand Rock Baby l’attrape : premier slam, première victoire, suivie de six autres les vendredis suivants. Commentaire du mentor : “Les autres slammeurs te détestent, c’est donc que tu es le meilleur.”
Joli compliment pour le fils d’immigrés mexicains, élevé par son grand-père jardinier dans le barrio de Dallas. “Pas d’argent, mais beaucoup d’amour. Les gens riches pour qui il travaillait jetaient beaucoup, mon grand-père pouvait récupérer ce qu’il appelait ses trésors. Principalement des livres. Petit à petit, il remplissait l’étagère du salon. Il m’a dit : ton salut est dans les livres. Dans le quartier, c’était gang et drogue. Je suis tombé amoureux des mots. Je lisais, j’ai commencé à écrire des poèmes, je suis devenu enseignant durant sept années. Les plus belles.”
Un jour, à Houston, Joaquin a ouvert pour Saul Williams devant 600 personnes. Le poète et chanteur, ayant popularisé le slam autour de la planète via le film éponyme de Marc Levin dans lequel il crève l’écran, l’a interpellé à la fin du show : “Tu es du Texas ? Reste ici, ne t’en va pas. Je suis venu souvent au Texas, l’esprit n’y est pas très ouvert. Si des gens ont besoin de ta poésie, c’est bien ici. Ils ont besoin de toi.”
Ce texte est paru dans Le Quotidien de la Réunion le samedi 21 novembre 2009.














