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Konsöle, militant du séga

Une belle collection de 45t 100% péï  (photo © Patrick Georget)

Une belle collection de 45t 100% péï
(photo © Patrick Georget)

Rencontre avec un collectionneur avide de 45 tours de séga, au discours sortant des éloges rabâchés pour mieux exprimer une passion, la musique. Antoine Tichon, président de Kréol Art et DJ sous pseudo Konsöle, explique.

(Cet article est paru en version raccourcie dans Le Quotidien de La Réunion le vendredi 23 octobre 2009, en prélude à la Semaine Créole)

Antoine Tichon, alias DJ Konsöle (photo © Patrick Georget)

Antoine Tichon, alias DJ Konsöle
(photo © Patrick Georget)

« Le maloya à l’Unesco, très bien. Mais sans le séga, c’est une connerie ! » assène Antoine Tichon, le président de l’association Kréol Art, en déambulant dans son appartement saint-pierrois. Le bonhomme a le propos vif, mais l’argumentaire passionnant.

« Le maloya, à l’origine, se joue dans une ambiance très familiale, c’est un hommage aux ancêtres. Dans les années 50, il n’est pas dénigré : regarde, de nombreux 78 tours d’époque ont des titres contenant le mot maloya. C’était courant. C’est quand le PCR s’approprie le maloya dans les années 70 que Debré et la droite se crispent. Résultat, le maloya devient musique de rébellion, du PCR. Même si certains cadres du parti écoutaient plutôt du séga avant, lequel séga devient une musique de bourgeois. »

« S’ensuit dans les années 80, dans la foulée de Jack Lang, la naissance du « militantisme culturel », un monstre qui va dépasser tout le monde. Et la structuration des salles de spectacles, qui programment des artistes de maloya : c’est un son si typique… Mais le séga, qui se jouait dans les hôtels, les bals, est oublié. Le résultat, c’est le maloya, une musique figée par nature, à l’Unesco. Et on oublie le séga : populaire, riche et évolutif. Avec des arrangements, des mélodies. Le séga a sa place aussi à l’Unesco, il faut se le réapproprier. Un groupe comme les Caméléons était super moderne, avant-gardiste. Et dans les années 80, encore, il y a eu une vague séga électro géniale, avec de superbes productions entièrement faites avec des machines, comme sur certains Jean-Pierre Boyer ! Mais faut avoir des 45 tours pour le savoir. »

Jean-Pierre Boyer, que voici sur RFO le 21 décembre 2008 interprétant Maloya mi aimé ça :

Et des 45 tours, Antoine en a un certain nombre : plus de 1200 pièces, principalement originaires de La Réunion, quelques-unes venant de Maurice. Une collection commencée en 2000, après la découverte d’une perle du Club Rythmique dans une brocante près du marché couvert de Saint-Pierre. S’ensuivent cinq années de recherches intensives où le compulsif achète tout ce qu’il trouve. « Au début, c’était purement musical. Ensuite, c’est devenu patrimonial. Les gens avaient fini de tout jeter dans les ravines… Je ne me doutais pas qu’il y avait tout ça ! Je me suis dit, si sur dix disques l’un est un chef d’oeuvre, c’est valable. Maintenant, j’en trouve moins : quand un collectionneur revend, je vais voir. Aujourd’hui, on trouve les 45 tours à dix euros, les 78 tours à 100 euros. Avant, c’était 50 centimes… A force de faire le tour, je les connais tous, les collectionneurs ! »

livre

Les partitions des ségas de Isaac Guény

Arno Bazin, ami d’enfance, se met à faire de même et les deux vont en 2005 créer Kréol Art. « C’est inadmissible que toute cette musique se perde. Tout le monde s’en fout. Les vieux ségas, tout le monde connaît les adaptations dans l’air du temps, mais pas les originaux. » La paire, aidée par l’ethnomusicologue du PRMA Fanie Précourt, fait corps pour changer les esprits.

« Deux milles disques ont été déposés aux archives départementales. On a édité deux livres : Le Séga des Mascareignes, de Fanie, sur les instruments, et les partitions d’Isaac Guény. Et on fournit les morceaux numérisés pour les rééditions de Takamba : Claude Vinh-San, Narmine Ducap… » Ils ne comptent pas s’arrêter là : en 2010, sera organisée une nouvelle exposition intitulée Face A / Face B, autour des pochettes de disques. Pour que le séga perdure. Que l’on voit aussi que le séga n’est pas une musique de Blancs, en opposition au maloya musique des Noirs, comme on résume trop souvent ces sons : il suffit de regarder les pochettes pour le vérifier. Métissages, encore !

Sébastien Broquet

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