Accueil / Art / Mapping Festival, les mutations du veejaying

Mapping Festival, les mutations du veejaying

mapping zoo 2

Plein les mirettes au Mapping Festival, devenu une référence mondiale en matière d’arts visuels et d’évolution des techniques de veejaying à travers une programmation iconoclaste et des workshops convoités : c’était en mai dernier, à Genève. Zoom.

(Un article paru dans Trax Magazine en juillet 2011)


mapping zoo 1La définition du Zoo, à Genève ? Un refuge pour animaux nocturnes. Bien agités, les animaux en question, au vu de l’ambiance déjantée régnant dans les soirées de ce club underground à la programmation ultra pointue.

C’est aussi là qu’est née une certaine idée du veejaying, sous l’impulsion d’artistes comme Legoman, alias Yannick Jacquet qui a débuté ici et fut l’un des premiers VJ’s du lieu avant d’incorporer le label AntiVJ et de déménager à Bruxelles.

C’est encore et toujours au Zoo que fût lancé le Mapping Festival : « En 2005. Trois jours de festival autour du veejaying, du mix d’images en direct, une pratique démarrée dans les années nonante avec les musiques électroniques. » explique Amira El May, l’actuelle directrice artistique, également en charge de la programmation des VJ’s à l’année dans cet incontournable Zoo.

« Le fondateur, c’est Boris Edelstein, le créateur du logiciel Modul8, qui s’est associé avec des gens du Zoo pour faire connaître le veejaying au grand public – il y avait 2000 spectateurs. Ca s’est complètement élargi aujourd’hui, même si nous sommes toujours au Zoo. »

Le Zoo est situé dans un grand bâtiment industriel, baptisé l’Usine, avec une salle de concert au rez-de-chaussée, et à l’étage ce club tout en longueur, au son nickel, avec un grand bar sur la droite. Aucune table ou chaise, tout pour le dancefloor et de l’espace pour les projections. Au même étage, on trouve un cinéma, le Spoutnick, exploité bien entendu pendant le Mapping, mais aussi à gauche des escaliers en arrivant, un joyeux bar punk : crêtes derrière le comptoir, grosses guitares ou hip hop type La Rumeur à fond dans les enceintes. Tout un univers qui s’imbrique.

Ce soir-là, le vendredi 27 mai, la clique Boys Noize est aux platines : D.I.M, Electric Rescue, Shadow Dancer et The Hiiters, un duo local en guise de warm-up particulièrement… rentre-dedans. Ca grince et ça couine une grande partie de la soirée à grands coups de turbine, exception faite du set d’Electric Rescue, plus fin et accompagné de la meilleure performance visuelle de la soirée, concoctée par Bildstörung. Le concept de leur performance Drittelhead : trois VJ’s jouent chacun sur un tiers de l’écran et cherchent à rester synchronisés. Performance accomplie haut la main, la virtuosité de ces suisses oeuvrant depuis 2003 laissant pantois. Dur de relever le défi, pour les français Cumulus et les hongrois Skylab qui s’emparent des écrans dans la foulée.

La performance de The Hiiters

Nexus des arts visuels

« Le veejaying s’est développé, donc le festival s’est développé » poursuit Amira. « Et inversement : le Mapping aide à ce que le veejaying se développe, c’est vraiment une plateforme d’échanges, de rencontres, d’expérimentations. C’est pour ça qu’il y a des workshops qui durent quatre jours, des conférences… »

Le Mapping s’évade donc hors les murs du Zoo et investit la ville. Au Palladium, en début de soirée, on découvre deux performances mêlant danse contemporaine et vidéo. Cagoule, déjà : « c’est entre le conte de fées et le film d’horreur » avait prévenu Amira… Noir, silence : un film débute, proche de l’univers de Jean Rollin et des classiques de l’angoisse. Deux jeunes filles aux boucles blondes, perdues dans la nature, séparées, la peur latente – images entrecoupées de chorégraphies live d’Abby Warrilow, les deux danseuses étant aussi les actrices.

Emouvant, mais pas aussi palpitant que Body Navigation, la performance concoctée par la chorégraphe Tina Tarpgaard et sa compagnie Recoil Performance Group. Où les deux danseurs évoluent sur un tapis reproduisant digitalement leurs déplacements telles des ondes de chaleurs, ou se transforme en écran de jeu vidéo eighties – influence évidente de la troupe. Jeu des relations, jeu d’arcade, le public entourant l’arène s’en délecte et réserve une ovation à la bande de Copenhague. Sacrément novateur. Bluffant, même.

Extraits de Body Navigation

« Le veejaying avant c’était du clubbing, c’était de la déco, c’était une pratique. Aujourd’hui, c’est réellement devenu un mouvement artistique qui s’est étendu à la danse, au théâtre. Il y a des performances en soi, ce n’est plus le VJ qui suit le DJ. » explique Amira.

mapping bacOn retiendra aussi un parcours d’installations particulièrement subtiles et intelligentes, disséminées au fil du Bâtiment d’Art Contemporain, quelques rues plus loin.

« L’expo au BAC est un franc succès. Ce sont huit installations, avec toujours ce côté interactif, nouvelles technologies ; mais il y a un concept derrière et c’est assez dur de trouver des œuvres qui font appel aux technologies les plus pointues mais gardent un aspect artistique. Qui conservent un propos. »

Celle de Legoman en fait partie, lui qui s’est aussi produit au Palladium pour un concert avec le groupe de post rock Stray Dogs : là encore, bluffé par une scénographie inédite où vidéo et musique sont à parts égalse. Assurément l’un des grands moments de l’édition 2011, la septième, qui se déroulait du 19 au 29 mai dernier.

Intangible States, live by Stray Dogs & Legoman

Une réussite certaine où l’on assiste tel un work in progress à l’évolution en direct de l’art vidéo et de ses composantes, par les nombreuses prestations live mais aussi via les conférences et rencontres impromptues. Le Mapping Festival est un véritable laboratoire et l’on vient de loin pour s’y montrer : en témoigne le gagnant du traditionnel VJ Contest, Kabored, débarqué de Thaïlande spécialement pour l’occasion. Genève, centre du monde en matière d’art numérique : une certitude le temps du Mapping.

Sébastien Broquet

 

 

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*