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Manon Lacoste : des ciseaux, des super héros et des femmes | sebtheplayer

One trip into 4th world beatz and global grooves.

Manon Lacoste : des ciseaux, des super héros et des femmes

 

Découverte un soir de vernissage à l’Îlot de Saint-Louis, le p’tit bar keupon de l’île, Manon Lacoste intrigue par un art peu utilisé à La Réunion : le collage, que j’ai toujours aimé par sa proximité avec le punk, son côté do it yourself, et les détournements possibles à l’infini depuis que Dada puis les surréalistes s’en sont emparés. Expressifs, explosifs et colorés, parfois encore un brin maladroits mais prometteurs : tels sont les collages de Manon. A suivre.

Ton premier collage… D’où est venue l’idée, l’inspiration ?

Manon Lacoste : Premier collage… Je ne sais pas si ça peut vraiment se dire… J’avais 15 ans, je glandais…. Et j’avais mauvaise conscience, car je ne faisais pas mes devoirs. Alors manière de ne pas ‘rien faire’ j’ai pris un papier, feuilleté des magazines car, ado, j’étais subjuguée par les femmes dans les magazines, la beauté des photos, des couleurs, les mises en scènes parfois drôles, trash, ou subversives. En associant tout ça… J’ai fait mes premiers collages… Qui étaient d’ailleurs souvent tournés en dérision.

As-tu fait des recherches préalables sur l’art du collage, es-tu remontée jusqu’à Picasso ?

Au début je ne savais pas vraiment ce que je faisais, c’était plus comme une détente spirituelle. Un moment de pure improvisation qui me permettait de me laisser aller avec mes sentiments, mes émotions. Je n’ai pas fait de recherche sur la culture du collage, je n’étais pas forcément intéressée par la théorie de ma pratique. Je cherchais le sens de l’esthétisme, du beau en composant à partir de choses déjà créées… Après dix ans de pratique, deux expos et la reconnaissance de quelques personnes, c’est maintenant que je commence vraiment à m’intéresser à cette culture artistique. Ne le prenant plus comme un passe-temps ou un jeu, mais comme une expression artistique faisant partie d’un courant.

Tes collages sont aussi une manière d’intégrer la “sous-culture” dans l’art : quelles sont tes liens avec les films de série Z, les mangas, les pin-ups, les comics, autant d’influences visuelles intégrées dans tes œuvres ?

Mes collages ne sont qu’une accumulation de messages supposés par les magazines qui sont exclusivement tournés vers cette culture – la “sous culture”. J’adore les magazines street car ils ont une dérision spéciale qui rassemble un peut tout cet univers irréaliste, superficiel et comique… Ne regardant pas beaucoup les mangas et autres comics, c’est plutôt un délire enfantin que je vois sur papier et qui me donne envie de jouer, avec ces onomatopées, ces super héros, ces dessins flashy.

Les collages, le Do It Yourself : une certaine forme de culture punk, est-ce que ce mouvement t’influence directement ?

“Toute activité où l’on n’est pas seulement spectateur ou consommateur” : je trouve que cette phrase représente bien le “do it yourself “, alors on pourrait dire aussi être “spect-auteur”, et je me sens dans cette vibe… Donc oui, la culture de transformer, créer à partir de choses existantes ou émergentes me plait beaucoup, je me rend compte que c’est tout à fait ce que je fais. Cela fait partie aussi d’un concept, désacraliser l’art en y apportant des objets de la vie courante, une idée plus contemporaine…

Techniquement… Spirituellement… Quelle est ta méthode de travail ?

Pour la confection d’un collage, je peux me trouver dans pas mal d’états différents. Juste le fait de créer, être là avec ma toile et pleins d’images avec lesquelles j’ai envie de jouer… Et d’autres moments où j’ai vraiment envie de mettre en exergue un thème précis par rapport à un ras le bol perso. Ou des sentiments plus ou moins forts qui me traversent… Alors comme un automatisme mes doigts se mettent à découper, structurer et coller… Je ne réfléchis jamais longtemps pour coller, en général c’est comme une évidence.

Fais-tu partie d’un collectif d’artistes ?

Je ne suis pas encore dans un collectif, mais l’idée de partager l’art avec d’autres ‘spect-acteurs’ me donne de plus en plus envie. Le travail de groupe est souvent riche d’expériences et d’émergences d’idées.

Tu évoques un message féministe à faire passer : peux-tu préciser quel est-il, quels sont tes engagements ?

Je me pose question parfois sur la condition des femmes, autour de la féminité, de cette vulgarisation des images par les médias,  et la société. La femme est devenue un véritable objet, comme une perte totale de sens, exploitée tel un trophée, en signe de luxe, représentante d’une sexualité exacerbée. Cette “humiliation banalisée” de la femme stéréotypée me donne juste envie de mettre ça en évidence dans certains de mes tableaux en signe d’indignation, pour dénoncer, faire réagir et observer comment chacun en comprend le sens.

Quel parcours artistique as-tu suivi au préalable, est-ce que tu t’exprimes aussi par d’autres biais, d’autres arts ?

Étant jeune je faisais du théâtre, une expression artistique qui me fascinait, jouer un rôle, mettre en scène et finir par des représentations me procuraient une grande satisfaction. Mais au cours des années, conjuguant le collage dans mes activités, il est devenu le représentant exclusif de mes ressentiments. Dans un sens plus ludique, j’adore danser, depuis toujours, c’est aussi une expression artistique, que je vis personnellement, bouger spontanément sur une musique est presque comme une performance artistique.

Ta prochaine expo, c’est où, c’est quand ?

Prochaine expo dans pas longtemps…