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Madajazzcar #3 : A l’arrière des taxis

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Les taxis malgaches : toute une aventure (photo © Vittorio Carlucci)

En octobre 2012, j’ai passé un mois à Madagascar, entre Tananarive et Mahajunga. Pour le site Pils, j’ai raconté le festival Madajazzcar en quatre épisodes dont voici le troisième, en virée au Jao’s Pub de Jaojoby.

(Un article paru sur Pils en octobre 2012)

A l’arrière des taxis… A Tana, le soir, tu espères que le plein d’essence a été fait. Tu te crispes vaguement quand la 4L antique dévale une pente pavée, moteur coupé pour ne pas gaspiller. Tu médites presque, dans les bouchons silencieux où cette fois tout le monde a mis le contact sur off. Tu remarques d’un coup qu’aucun de ceux qui t’ont conduit jusque-là n’avait d’autoradio en état de marche : contrairement au Mali où le reggae résonne, à l’Afrique du Sud où le kwaito s’est répandu comme une traînée de poudre, à la Côte d’Ivoire, le taxi ne serait donc pas ici un média du peuple, à première vue, prompt à faire exploser un nouveau style musical ou à propager une parole différente. Point de salegy, de tsapiky sur les trajets.

Mais à l’arrière du taxi, hier soir, résonnaient pourtant les paroles de Redemption Song de l’universel Marley, reprises en cœur, a capella, par quatre nymphes sur la route du Jao’s Pub ; petit moment de grâce.

« Old pirates yes they rob I

Sold I to the merchant ships

Minutes after they took I from the 

Bottomless pit

But my hand was made strong

By the hand of the almighty.

We forward in this generation

Triumphantly

Won’t you help to sing

These songs of freedom

Cause all I ever have, redemption songs,

Redemption songs »

Et l’on se dit que symboliquement, découvrir le Jao’s Pub, c’est un peu à Madagascar comme découvrir le Shrine de Fela à Lagos. Un lieu de concerts, de musiques, de vie – et un état d’esprit – ouvert, créé, animé par Jaojoby, l’immense, celui dont la carrière internationale est finalement restée trop pâle et tardive en comparaison de son immense talent, des shows calorifères et totalement groove qu’il a donné de longues années durant, faisant découvrir le salegy hors de son pays.

Jaojoby a ouvert le Jao’s Pub en juin 2011 et offert ainsi une scène aux artistes de la grande île. Selon une voix de la culture locale, c’est même le seul lieu à faire un véritable effort dans la programmation, en conviant des artistes de toutes les régions, tous les styles, avec une direction artistique. A se positionner comme un café-concert, à mi-chemin des lieux de sorties populaires et des salles officielles type Alliance Française. La gestion et la programmation en ont été confiées à sa fille Eusebia, également danseuse dans son groupe. 

Hier soir, c’est le réunionnais Olivier Ker Ourio qui ouvrait les festivités, dans le cadre du festival Madajazzcar, à l’invitation de l’Institut Français, démontrant la force et l’intérêt d’une telle collaboration tripartite pour offrir en ce petit lieu une valeur sûre du jazz international. L’harmoniciste n’avait pas remis les pieds à Madagascar depuis belle lurette – vingt ans, mais s’est de suite senti chez lui sur la petite scène du Jao’s, installant d’emblée et sans artifice une ambiance qui lui est propre, en finesse et en musicalité, le sourire épanoui dès qu’il ôtait son instrument des lèvres, échangeant avec son public tout en gratifiant son Magic Trio de regards complices et appréciateurs, belle communion : le virtuose de l’orgue Emmanuel Bex a d’ailleurs fait sensation, tout en subtilité, en humour également, le visage traversé d’expressivité, fascinant et partageur. Toute la force du jazz était là, Ker Ourio se permettant même avant le deuxième morceau, doigt collé à ses lèvres, de faire taire les conversations et installer l’écoute attentive, avec une simplicité désarmante. Très beau moment, bien trop court, que l’on filera ce soir réécouter pour un second set, cette fois dans les murs de l’Institut Français.

Sébastien Broquet

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