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Madajazzcar #1 : Le rêve du poète

Joel_Rabesolo

Joël Rabesolo, local Hendrix (photo © Studio D.Mix)

En octobre 2012, j’ai passé un mois à Madagascar, entre Tananarive et Mahajunga. Pour le site Pils, j’ai raconté le festival Madajazzcar en quatre épisodes dont voici le premier, évoquant la découverte du guitariste Joël Rabesolo.

(Un article paru sur Pils en octobre 2012)

« Dans chaque pays où je suis allée, se trouve un Jimi Hendrix local. Est-ce que celui-ci vaut vraiment la comparaison ? » C’est la belle voix nomade de Laurence Aloir qui posait la question avec humour et un brin de taquinerie, dans une émission sur RFI où Alain Péters était présenté comme le Jimi péï à La Réunion. C’était en juin dernier, et la réponse était évidemment oui. 

Sur la scène de l’Institut Français de Tananarive, hier soir, cette question nous est revenue en tête durant de longues minutes, en regardant les doigts célestes parcourir le manche, égrenant les notes et captant les regards avec un charisme certain, sans esbrouffe, sans jamais trop en faire. Et si nous avions mis la main sur un futur Jimi Hendrix malgache ? 

Un solide prétendant au trône, c’est sûr : Joël Rabesolo, jeune guitariste multipliant les groupes et les expériences, a longtemps éclipsé sans le vouloir celui qui devait pourtant être le centre de l’attraction, Jean-Paul Delore, homme de théâtre reconverti le temps de cette prestation en poète rockeur. A notre arrivée dans la salle du quartier d’Analakely, nous sommes même presque inquiets : ce dernier a beau essayer d’imposer sa gestuelle, tenter l’incantation, prendre la pose du chanteur possédé, louer Rimbaud… Ca ne prend pas au premier abord, et c’est surtout totalement éteint par le magnétisme de son guitariste, dont les seuls mouvements de sa touffe de cheveux et des doigts sur les cordes, tête baissée, suffisent à créer la magie de l’instant. 

L’impression s’estompe heureusement rapidement, et Delore prend progressivement possession de la scène à son tour, commençant à mieux avoir la maîtrise de son micro. Il a l’intelligence de se mettre parfois en retrait pour laisser de la place au prodige, avant de revenir prendre le pouvoir par les mots, ceux excellemment choisis d’auteurs aux horizons divers, venus de Brazzaville avec Dieudonné Niangouna, ou d’ici avec le malgache Jean-Joseph Rabearivelo.

Jean-Joseph Rabearivelo

Jean-Joseph Rabearivelo

« Il y aura, un jour, un jeune poète

Qui réalisera ton vœu impossible

Pour avoir connu tes livres

Rares comme les fleurs souterraines,

Tes livres écrits pour cent amis,

Et non pour un, et non pour mille.

(…)

Il lèvera la tête

Et sera sûr que c’est dans l’azur,

Parmi les étoiles et les vents,

Que ton tombeau aura été érigé. »

(Jean-Joseph Rabearivelo, Nadika Tamin’ Ny Alina)

De création pour l’occasion – le festival Madajazzcar – la performance, baptisée D’ici, d’ailleurs et de l’en delà, devient presque groupe sur la fin, de par la grâce d’une réelle complicité entre les performeurs (ne pas oublier Miora Rabarisoa aux percussions, discret et efficace) mais aussi de l’extrême réceptivité du public, très à l’écoute des textes comme des notes. Joli succès pour une première. 

Le parcours de Joël Rabesolo, aux implications diverses, sera à suivre avec attention – l’un de ces autres groupes, Izire O, est également programmé dans le festival. L’homme semble prolifique, s’exprimant dans de nombreuses formations de la capitale et expérimentant en sus un duo autour des musiques électroniques, après avoir été batteur de rock – et accessoirement, basketteur. En plus, il est gaucher. Comme Jimi.

Tout ceci aura éteint presque totalement la performance suivante, celle de David Linx en duo avec le belge Diederik Wissels au piano. Technique vocale unique, rien à dire, le chanteur maîtrise son art haut la main ; mais il ne se passe pas grand-chose au delà de cette voix seule, de cet art du scat bien placé : nous attendons en vain un feeling, un élan, un échange… Et ça ne pardonne pas, la salle passée le moment de curiosité se vide progressivement et le lien avec le public ne se fait pas. 

Quitte à jouer l’ambiance piano-bar, où est le bloody mary ? Même un texte écrit par Nougaro n’aura pas suffit à scotcher les aficionados sur leur siège.

Nous finissons par sortir aussi. 

Madajazzcar, qui fête sa 23ème édition, se poursuit jusqu’au 13 octobre prochain, dans les principaux lieux de Tana et parfois d’ailleurs. Parmi les artistes très attendus, figure le réunionnais Olivier Ker Ourio avec son Magic Trio, en action dès ce jeudi, ou encore le Didier Labbé quartet. La suite au prochain épisode.

Sébastien Broquet

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