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Laurent Hô : « Le hardcore, c’est ultra moderne »

L’autre Laurent de la techno.

Laurent Hô, l’esthète du hardcore, l’avait annoncé avec le double CD siglé Ingler : fini l’aventure dans un genre ayant fait sa renommée. Sa nouvelle orientation fut dévoilée lors d’un concert à la Conciergerie en 2002 : explorations des ambiances, position electronica. Voici l’album, Soundtrack, un objet flottant designé par Matali Crasset où se développent de subtiles et très cinétiques atmosphères. Rencontre.

(Article paru dans Novamag en janvier 2004)

D’une école de design à un album electronica, c’est une boucle ?

UWe155_1La musique électronique, au sens large du terme, fait partie du design. On a des outils informatiques semblables à ceux du graphisme, et l’état d’esprit s’en rapproche. C’est très technique, l’électronique, beaucoup plus que jouer dans un groupe. L’ENSCI – les Ateliers – est une école particulière, très orientée culture générale, sur cinq ans. C’est ouvert tout le temps : tu imagines le délire, tu peux passer la nuit à bosser sur ton projet… Elle t’apprends à être large, à réfléchir sur tout. En ayant fait cette école, j’ai une vue différente du monde.

Ton rapport avec le son dans cette école ?

J’ai toujours essayé d’y intégrer la musique. En faisant des fêtes, ça n’a pas marché… J’en ai fait mon projet de diplôme : une platine CD pour DJ, c’était en 1993, ça n’existait pas encore.

Une hérésie !

Oui, mais ma platine CD ressemblait beaucoup à une platine vinyle ! J’ai bossé un an dessus. Et j’ai fait mon mémoire sur les raves, une étude sociologique. J’ai commencé les deux en même temps : septembre, l’école. Octobre, première rave.

La musique avant la techno ?

Dix ans de piano, et mon père était guitariste. J’ai toujours été entouré d’instruments. Petit, je voulais bosser chez Tekmics, designer des amplis. L’univers des appareils, c’est le mien. La nuit aussi. Les raves, c’était exactement le mélange de tout ce que j’aimais ! La musique avant tout, le son très fort. On éclairait les gens, pas le DJ : fabuleux ! J’ai commencé à sortir tous les week-ends, à mixer… Tout ce qui sortait : new beat, puis techno, transe, tout était mélangé, on ne se spécialisait pas. J’achetais mes disques sans les écouter, dès que je voyais un white label, je prenais !

Et tu rejoins le hardcore en 1994.

PTHCD005Un choix musical. Ça faisait quatre ans que j’étais dans la techno. J’aime les sensations fortes, quand ça déménage. Petit, j’écoutais toujours le plus fort possible !

Pas de problème d’oreilles aujourd’hui ?

Non, pas encore… Le hardcore n’était pas aussi violent que maintenant. C’était une partie de la techno, plus rapide, distordue. Avant la techno, j’écoutais de la musique industrielle. J’en faisais aussi : on s’enregistrait en faisant le maximum de bruit, tout mélangé : des sons enregistrés en studio pour les boucles, la radio, et on tapait sur des trucs, on amplifiait… Du bruit ! C’est important : quand on a la culture du bruit, profonde, n’importe quel son peut devenir musical, une entité que l’on s’approprie. Ça devient de la musique. Lié avec l’électronique, c’est devenu le hardcore. C’est ultra moderne !

Cet amour du bruit, tu l’as théorisé ? Tu connais Luigi Russolo ?

Je suis assez pauvre niveau culture musicale. Ces noms là, je ne les connais pas. Je sais qu’ils ont fait des choses bien, on me dit parfois que ce que je fais a existé dans les années 40… Des trucs bizarres comme ça devraient m’intéresser. Seulement, je suis fainéant, j’ai fait l’impasse là-dessus !

La scène hardcore aujourd’hui, sa surenchère ?

Ce qui m’a étonné dans la techno, c’est que ce n’est pas contre la société, comme le punk. C’est une musique qui est à sa place, naturellement. La surenchère, c’est juste des gens qui entre eux vont plus loin. Ce n’est pas une volonté de combattre. J’ai décroché, tout simplement.

Quels changements dans l’élaboration de ta musique ? 

Beaucoup. L’electronica, c’est nouveau pour moi même si je suis dedans depuis deux ans. C’est une terre vierge, et vaste. Je suis très libre dans l’electronica, par rapport au formatage de ce que je faisais avant. Le hardcore c’est précis. La techno, c’est encore plus formaté. Là, d’un coup, la liberté ! J’aime ! Comme la diversité, la volonté de faire du joli, agréable à écouter, d’avoir le temps de dire les choses. L’electronica me fait vraiment vibrer, je crois que je suis parti pour un moment…

Propos recueillis par Sébastien Broquet

A lire : un portrait de Laurent Hô publié en novembre 2014 dans Trax Magazine.

A écouter :

Laurent Hô as Carla Elves, Soundtrack (Uwe)

InglermetaENDS – Le testament hardcore de Laurent Hô (Epiteth/Uwe)

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