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La Bamboula, premier tube de la sono mondiale

Louis-Moreau Gottschalk

En remontant aux sources de la sono mondiale, nous découvrons Louis-Moreau Gottschalk, un créole de la Nouvelle-Orléans auteur d’un tube très swing, La Bamboula. Ici caricaturé par Joseph Mill, en 1869 à Rio de Janeiro.

Le premier swing, le tube inaugural de la sono mondiale, est créole. Et la première star tiers-mondiste n’est pas Bob Marley, ni Khaled, mais Louis-Moreau Gottschalk, l’auteur de La Bamboula. C’était en 1848, à la Nouvelle-Orléans.

(Article paru dans Le Quotidien de La Réunion le 5 avril 2009)

Dans les échoppes écoulant encore des disques, partout dans le monde, ces étiquettes majoritaires classent le « produit » : rock, jazz, classique, world. Mais… c’est quoi, la world music ? Jamais la même chose. Toujours ce qui diffère de la norme anglo-saxonne. La world est définie en creux. On ne sait pas vraiment ce qu’elle est, mais on sait ce qu’elle n’est pas.

Un disque de chanson française, à Cape Town, est classé en world. Gainsbourg voisine avec Salif Keita, pas avec les Beatles. On étiquette world music depuis combien de temps ? C’est par l’apport des artistes des sphères clairement identifiées du rock et du jazz que la world prend la lumière dans la seconde partie des swinging sixties. Quand les Beatles, revenus d’Inde et imbibés de LSD, intègrent le sitar. Quand Brian Jones, le Rolling Stones le plus barré, enregistre au Maroc les Pipes of Pan from Jajouka.

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S’ensuivent, grâce aux seventies voyageuses, une explosion des sens comme des sons dans la foulée du succès de Soul Makossa de Manu Dibango en 1972. L’époque est à la découverte, qu’elle soit profondément ancrée dans les racines ou totalement métissée – Brian Eno, Peter Gabriel, les Talking Heads ne se sont toujours pas remis de leur découverte de l’Afrique. Et lisez donc Voyage dans la Magie des Rythmes, le journal de bord de Mickey Hart, second batteur du Grateful Dead : imprégné des chamans, il saura vous faire vibrer comme les peaux de ses tambours.

Les années 80 font exploser ce que l’on nomme alors sono mondiale, grâce à l’impulsion de Radio Nova et de la bande du magazine Actuel. De chaque enquête au bout du monde, les reporters ramènent des piles de disques qui nourrissent les ondes de la radio parisienne… Mais pas seulement : nombre d’artistes africains venaient enregistrer dans la cosmopolite Montreuil et repartaient direct à l’aéroport, sans passer par la capitale. Bizot et ses dalons instaurèrent une déviation dans leurs studios où Mory Kanté, Papa Wemba et les autres se firent connaître bien avant que les majors du disque ne se penchent sur leur sort, que Khaled et le Buena Vista Social Club ne vendent des millions de disques.

L’impact du swing créole

Vaudou et compagniesMais la première star de la sono mondiale n’est ni Khaled, ni Marley, ni Dibango. C’est Louis-Moreau Gottschalk, un créole.

Presque une évidence : le premier tube world, le premier swing, ne pouvait naître qu’à la Nouvelle-Orléans. Là où s’inventeront les mots de la musique cafre au siècle suivant : funk, blues et jazz sont issus du vocabulaire de cette ville de Louisiane.

C’était en 1848. L’année de l’abolition de l’esclavage, en France. A cette époque, ce n’était pas les ventes de disques qui faisait foi mais celles de partitions. Gottschalk eut ses admirateurs célèbres : Chopin et Berlioz, avec qui il correspondra régulièrement. Victor Hugo, Théophile Gautier et l’impératrice d’Espagne figuraient aussi au rang de ses fans. Le virtuose joua aux Etats-Unis, à Cuba, à Moscou, à Rio de Janeiro… Une tournée digne d’une pop star, non ?

Ce fameux tube, La Bamboula, fut composé à l’âge de 15 ans ; pas encore vraiment un swing, c’est une variante de quadrille reprenant un air traditionnel créole, Quan’ Patate la Cuite na va Mangé Li, entendu à Congo Square, le centre névralgique de la scène musicale à la Nouvelle-Orléans.

Un critique de la revue La France Musicale, en mars 1849, se montra particulièrement enthousiaste : « Qui ne connaît le Bamboula ? Gottschalk a composé divers morceaux, un entr’autres qui est un chef d’œuvre. Ce morceau se nomme Bamboula. Dix fois j’ai entendu ce Bamboula dans les salons de Mme Merlin, de M. Orilla, du marquis d’Abaunza, etc, et dix fois le jeune artiste a dû le répéter aux acclamations les plus chaleureuses. Bamboula est une poésie musicale qui défie l’analyse, et Gottschalk est un pianiste dont le nom est inscrit au front de la popularité. Voilà son horoscope : il marchera à côté des étoiles du piano, et au milieu des applaudissements et des triomphes. »

Et non. Gottschalk sombre dans l’oubli peu après sa mort, en décembre 1869. Né 40 ans plus tôt à la Nouvelle-Orléans, il se montre pourtant fort précoce et très doué au piano. Ses parents l’envoient à Paris à 13 ans. Là, il fait fureur dans les salons où ses influences créoles lui confèrent une originalité certaine.

Il rentre aux Etats-Unis en 1953, mais n’est alors pas véritablement prophète en son pays et joue souvent dans des salles désertées… Il file à Cuba durant presque deux ans, s’imprègne des sonorités locales, retourne au pays où il acquiert enfin la reconnaissance. Avant de poursuivre ses pérégrinations, de la Martinique à Porto Rico. Tout en profitant, comme toute pop star, de son succès auprès de la gent féminine. Mais une groupie de trop entraîne le scandale et il doit s’exiler définitivement en 1865, en Amérique du Sud, où il poursuit sa vie de bohème musicale emplie de succès, après avoir composé près de 300 œuvres. Dont cette Bamboula, à redécouvrir.

Sébastien Broquet

A écouter : Bamboula, compositions de Louis-Moreau Gottschalk interprétées par Michael Lewin (Centaur)

A lire : Jean-François Bizot, Vaudou et compagnies (éditions Actuel / Nova)

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