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Jeu de Massacre, le pop cinéma d’Alain Jessua

Jeu de Massacre

Jeu de Massacre

Je viens de découvrir sur le tard l’existence d’Alain Jessua, sur lequel je vais me pencher un peu plus sérieusement : son Jeu de Massacre, clairement pop et joyeusement naïf, illumina ma journée dès son générique, au groove imparable (The Alan Bown Set), alignant les références les mieux senties… Hé, Guy Peellaert en guise de dessinateur pour un film centré sur la bande dessinée ! Difficile de faire mieux…

Existe en DVD

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Côté actrice, la délicieuse Claudine Auger, source de troubles tout au long du métrage – logique, pour une ancienne James Bond Girl, me direz-vous (remember Opération Tonnerre) et parfaite en twisteuse ingénue, cherchant l’aventure et finissant par suivre les folies de Bob Neuman, mythomane, rêveur, riche, enfant couvé par sa mère lasse de ses frasques. Bob lutte contre l’ennui, la vacuité de la vie, incarné par un Michel Duchaussoy parfait, partant à la rencontre du scénariste et écrivain Pierre Meyrant, le mari de Jacqueline / Claudine. Beau gosse, ce dernier est interprété par Jean-Pierre Cassel, jouant à merveille l’écrivain, le créateur sans ambition, le manipulateur qui finit par se faire prendre à son propre jeu, dépassé par sa muse à sa gauche, par son personnage à sa droite…

Film de genres, au pluriel – poursuites, érotisme et coups de feu, couleurs vives et ambiance Fantômas, mais aussi réflexion sur le succès, de la difficulté à le maîtriser, à gérer ses personnages comme son entourage, et du pouvoir obtenu si le cap est franchi : « Le succès est dangereux » explique en substance la mère à cet inventeur d’histoires – on perd facilement le contrôle.

Claudine Longet

Claudine Auger à l’heure de la sieste

Mais Pierre Meyrant saura reprendre le fil de son histoire, développant petit à petit un cynisme à toute épreuve, gagnant, profitant, savourant tout en regardant – de haut ? – ses fans, ses lecteurs, avides d’aventures et de rêves. Bob Neuman, n’est-ce pas vous, moi ; nous ?

Profondément sixties – le film date de 1966 – Jeu de Massacre a obtenu le prix du meilleur scénario à Cannes en 1967 et a été édité en DVD il y a quelques années dans la collection Les Films Inclassables concoctée chez Studio Canal par Marc Caro. Alain Jessua, ancien assistant d’Ophuls et de Marcel Carné, a dévoilé là un joli bout d’utopie, toujours bon à prendre et à savourer, de nos jours où ce mot et son sens semblent avoir totalement disparu de la circulation. Comme la naïveté, finalement touchante, de Bob et plus largement du propos du film – centré sur la bande dessinée quand-même, on était dans les sixties encore loin de parler de roman graphique et en France, on n’avait même pas encore entendu parler de Crumb ou de Shelton ! Ni vraiment de Peellaert : on se pourlèche de ses planches, ici.

Sébastien Broquet

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