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Jace, addict aux vapeurs

Jace

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Cécile Quiroz, dont j’ai déjà parlé un peu plus bas au sujet du lipdub Nova, a lors du même séjour réalisé un reportage palpitant sur Jace, le bien connu papa des gouzous, pour le compte de Canal Street, la case urbaine du site de Canal Plus : c’est visible en cliquant par là. J’en profite pour glisser ci-dessous le portrait de l’illustre Jace rédigé par mes soins il y a quelques mois pour le compte du magazine Maisons Créoles.

(Texte publié dans Maisons Créoles n°58, juin / juillet 2010)

jace 1Sorti de l’underground au point de faire désormais des publicités après les avoir détournées, Jace, street artiste, ne montre toujours pas son visage mais ses œuvres marquent le territoire réunionnais. A commencer par ses gouzous, stars internationales. « A l’origine, j’étais considéré comme un vandale. Un mec qui fait juste des tags. D’où mon anonymat. » lance-t-il en guise d’introduction. Les débuts, donc : à 15 ans, déjà grand, Jace emprunte à son professeur un livre sur le graff à New-York. « Ca m’a marqué. J’avais des flashs avant, mais là j’ai approfondi. C’était écrire son nom partout, mais avec du style, être artistique. Ceux qui m’intéressaient, c’était Seen, Blaide, Futura 2000, Lee, Quik ou encore Mode2. Ce n’était pas de la dégradation, c’était embellir le quotidien : apporter une touche de gaîté dans le ghetto. Ces mecs repeignaient des murs gris, des métros rouillés. »

Une scène irrémédiablement liée au hip hop, apparu dans le même tempo. « J’écoutais tous les artistes de l’époque, Public Enemy, Run DMC, Beastie Boys… A la Réunion, où j’étais arrivé en 1982 à l’âge de neuf ans, je me suis greffé à un groupe : les Feeling Stars. »

A Saint-Pierre sévit un autre collectif mêlant rap et graff, les BEP. « Je me souviens aussi du passage éclair d’un parisien, Skuo, qui a vraiment marqué l’île. Jamais pu le retrouver ensuite ! » Jace se fait un nom, et bientôt un style loin des clichés du genre. « Je suis addict aux vapeurs, ça me fait du bien. J’ai toujours aimé les couleurs flash, qui se voient. Je n’ai pas fait ça par mode. Je n’ai jamais ressenti de lassitude. J’ai toujours évité de stagner, en cherchant à évoluer. En 1993, je suis rentré en métropole. J’ai pu voir d’autres graffeurs, apprendre de nouvelles techniques, progresser. »

Worldwide gouzou

Worldwide gouzou

Une évolution l’ayant conduit a créer celui qui fait aujourd’hui sa gloire autour de la planète : « Le gouzou est apparu dès 1992, sur une feuille, un week-end… Je l’ai essayé, les retours étaient bons. Seuls les autres grapheurs savaient que c’était moi. Pour les métropolitains, c’était juste extra-terrestre ! Mais être loin de Paris m’a permis de développer mon propre style. La Réunion et son éloignement se sont révélés être un avantage. »

Voyages, voilages

Les voiles de Madagascar

Les voiles de Madagascar

Jace a ainsi pu voyager avec son personnage et son art, ces dernières années. Performant ou exposant à Lyon, à Budapest ou à New-York. « Je n’aurais jamais imaginé pouvoir le faire et vivre de ma peinture ! »

Mais aussi à Madagascar, pour un projet hors du commun mais totalement dans le vent, baptisé Madakao : « En 2002, j’avais repéré lors de mes vacances ces voiles de pêcheurs, comme de grandes pages blanches en mer ! Mais je n’avais pas de matos. J’ai monté un dossier en revenant, qui n’est pas passé. Et c’est finalement le Tempo Festival de St-Leu qui m’a permis de le faire, je suis parti trois semaines en 2009, j’ai peint quinze voiles dont treize ont été exposées au festival. Depuis, je suis retourné en faire trois… »

« Le gouzou est devenu ma marque de fabrique. J’essaye de ne pas être redondant. J’ai un message fédérateur, positif, pas limité au hip hop. J’ai commencé vers 1993 à peindre sur des toiles, sur des panneaux de bois. Je reste cependant un peu réticent à mettre le gouzou sur toile… »

La cover du Bazbaz

La cover du Bazbaz

Son premier livre, auto-édité, est paru en 1999. « Les groupes de rap s’autoproduisaient à l’époque, j’ai fait pareil. » Quatre autres ouvrages ont suivi, dont le magnifique dernier venu, Worldwide Gouzous 2006/2008.

L’actualité, c’est aussi une pochette de disque, pour le dernier album du chanteur Camille Bazbaz : « Il est venu à la maison, a vu mon travail, et je suis parti sur une base qu’il avait aimé. » C’est aussi une exposition autour du détournement de vieilles affiches d’écoles des seventies, dont une trentaine sont déjà prêtes. C’est encore un projet avec Madagascar : une exposition de rames peintes. Et le gouzou, dans tout ça ? « Fin 2003, j’ai fait un film d’animation. En faire un vrai dessin animé, j’aimerais bien… »

Sébastien Broquet

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