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Hippolyte, auteur majeur

hippolyte

Revenu s’installer à la Réunion depuis juin 2009, le dessinateur Hippolyte s’est fait ces dernières années une place de premier choix dans l’univers de la bande dessinée. Attention, artiste !

(Cet article est paru dans Le Quotidien de La Réunion le samedi 22 août 2009)

Hippolyte

Hippolyte

« Mais tu lis des bandes dessinées, ou pas ? »

Règle n°1, ne jamais interviewer un auteur de bandes dessinées en présence de sa compagne. C’est Nathalie, épouse d’Hippolyte, qui vient d’intervenir : l’orthographe de Minik, dernier ouvrage de l’auteur que nous n’avons pas encore découvert, posait question… Non, nous n’avons pas lu tous les ouvrages de cet auteur reconnu dans le milieu : mais ça ne saurait tarder.

En fait, le premier contact date du n°6 de la revue XXI, sorti au printemps 2009. Sans doute ce qui se fait de mieux en matière de reportage actuellement. Une revue dirigée par un véritable journaliste, Patrick de Saint-Exupéry, détenteur du prix Albert-Londres, ayant une idée de ce qu’est un angle, une enquête, un style : ça devient si rare.

Le n°6 de la revue XXI

Le n°6 de la revue XXI

Le récit d’Hippolyte s’intitule L’Afrique à Papa. Pas tendre, pour le paternel. Mais révélateur du talent phénoménal de l’auteur. « Je suis parti à Saly, au Sénégal, en mai 2008 pour les 60 ans de mon père. Je n’ai jamais imaginé faire un récit autobiographique… Mais j’ai tenu un journal de bord. Mon père a voulu le lire. Il s’est un peu effondré en le voyant… Mais il m’a dit d’en faire un livre. Il voulait que je le fasse. J’ai contacté XXI en rentrant, une nuit, vers 2 heures du matin. Je ne connaissais pas alors, le parcours de Saint-Exupéry… Il m’a drivé pendant deux mois. Je mettais toutes mes émotions dans ce récit, il m’a recadré vers un oeil à la Striptease. Il m’a beaucoup appris. »

Anthony Joseph

Anthony Joseph

Si l’on a croisé Hippolyte au dernier Sakifo, croquant les concerts d’Anthony Joseph et Tumi & the Volume de son habile crayon (voir son blog), la notoriété dans l’univers bédé lui était déjà acquise, bien avant son retour à la Réunion en juin dernier. Reprenons.

Six mois de fêtes

« Tout petit, j’aimais le dessin. Je vivais en Haute-Savoie, je n’avais accès qu’à Lucky Luke. Mais j’ai toujours eu envie de faire des images et d’en faire un métier. Ma mère m’a poussé à entrer dans une école. A 19 ans, je suis donc entré aux Beaux-Arts à Versailles. Je suis revenu au bout de six mois, criblé de dettes à force de faire la fête. »

Voilà un gars qui tout de suite attise notre sympathie… « A 20 ans, je suis entré à l’école Emile Cohl à Lyon. » Un établissement privé, portant le nom du créateur du dessin animé, où les professeurs sont aussi des gens du milieu : Yves Got, Jean-Michel Nicollet de Métal Hurlant, Lax… Au-delà du diplôme pour faire plaisir à maman, Hippolyte gagne une crédibilité et un début de réseau entretenu du côté de l’incontournable festival d’Angoulême.

Mais la gloire est capricieuse : tous les éditeurs refusent ses travaux, axés sur une technique alors rare, la carte à gratter. Partie remise. L’éditeur Alain Beaulet lui fait pourtant confiance pour un album : ce sera Monsieur Paul, sorti en 2000.

m-img14En parallèle, Hippolyte intègre l’agence Costume 3 Pièces et commence à oeuvrer dans la presse, via la une du Monde Economie : « C’est qui mon patron ? » est le titre du sujet. Le Nouvel Observateur fait appel à ses services deux ans durant, pour illustrer les pages des faits-divers.

Au début des années 2000, le succès de la bande dessinée alternative via des maisons d’édition comme L’Association renouvelle le genre. Les grands éditeurs sentent le vent tourner et cherchent à se renouveler. « Je suis arrivé au bon moment. Cherchant de nouveaux styles, les éditeurs signaient tout. Glénat a accepté mon Dracula et mon style en carte à gratter. Le succès critique a été important, ça m’a installé dans le milieu. »

Métal Hurlant

Et vint la rencontre avec Jean-Luc Fromental. Ancien de Métal Hurlant, figure du genre. Fan de Stevenson, aussi. Qui signe aussitôt quand Hippolyte lui présente son nouveau projet : l’adaptation du Maître de Ballantraë, du même Stevenson, dans un style totalement différent, basé sur des aquarelles façon Hugo Pratt. Les deux tomes paraissent dans la collection dirigée par Fromental chez Denoël. Ce dernier prend Hippolyte sous son aile et le présente à ses amis, nombreux. Parmi lesquels des légendes comme Jean-Pierre Dionnet, appréciant le travail du marmaille…

Minik

Minik

S’ensuit Minik, chez Dupuis en septembre 2008. « Dans la collection Aire Libre : ce qui existe de mieux en bédé. C’était un rêve d’y arriver ! » Une histoire vraie, amenée pour la première fois par un scénariste, Richard Marrazzano : « Des explorateurs américains partant dans le Grand Nord au début du 20ème siècle… »

Les îles, une passion

Batay cok

Batay cok

Entre-temps, Hippolyte et Nathalie ont découvert La Réunion, y résidant une année durant. Revenu en juin, le couple compte bien rester dans notre île. « Ca nous manquait ! Ici, je dessine et prend des photos tout le temps. Récemment, j’ai assisté à des batay coqs. Ca me permet d’aller plus loin. Je veux aller au-delà des clichés métro, découvrir vraiment l’île. »

Et pas seulement : car Hippolyte a retrouvé Appollo, autre auteur fameux, et les deux se sont embarqués dans un projet faramineux consacré aux îles éparses, avec le soutien intensif des TAAF. « Le but, c’est de choper une situation de maintenant et la mettre en lien avec le passé. Ce sera un mélange de reportages sur place, de carnets de notes anciens, de rencontres. Nous avons vu trois anciens météorologues : ils nous ont raconté 50 000 anecdotes, comment ils élevaient de petits cochons roses comme animaux de compagnie… Dupuis va publier cet album de 200 pages, courant 2011. »

Autre projet en cours, l’adaptation du livre de Hamid Jemaï, Dans la Peau d’un Youv, prévue pour janvier 2011 chez Sarbacane : « Le fond de l’histoire est génial, c’est un polar en banlieue. » Autant d’oeuvres qu’il nous tarde de découvrir. En attendant, on se plonge dans Minik. Promis, Nathalie.

Sébastien Broquet


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