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Hippolyte, l’Afrique (dés)enchantée

Hippolyte (photo © DR)

Regard perçant pour oeil affûté : Hippolyte (photo © DR)

Photographe, dessinateur de bandes dessinées, amateur de musiques et installé à Manapany, le raconteur d’histoires Hippolyte publie chez un éditeur Réunionnais L’Afrique de Papa, récit intime mêlant avec brio photographies en noir et blanc et dessins.

(Un texte paru dans Maisons Créoles n°57 en avril 2010)

Une affiche d’A Bout de Souffle, le premier Godard, trône encadrée dans l’atelier d’Hippolyte, à quelques dizaines de mètres de la mer, à Manapany. Soigneusement disposées sur un coin de la grande table de bois, deux piles de disques d’où émergent Barbara et John Coltrane. Autour, photos, croquis, crayons et autres ustensiles se multiplient. C’est là que le dessinateur et photographe œuvre.

tumi by hippolyteCe jour-là, l’auteur de L’Afrique de Papa affine les retouches d’une pochette de disque. Tumi & the Volume, les rappeurs sud-africains : « J’en rêvais » lâche-t-il. « J’avais la pression, car je place ce groupe très haut. C’est inhibant… Tiago, le guitariste, m’avait envoyé un mail, la piste de départ c’était une image par morceau. Autant raconter une histoire : c’est dix pages d’une mini bédé aujourd’hui. Avec ce mélange, comme dans le groupe, de Blacks et de Blancs, de pays. J’ai dessiné des gens qui n’ont plus leur tête et qui partent à sa recherche. » La rencontre s’est déroulée juste après le festival Sakifo 2009, Hippolyte ayant fait quelques croquis de leur concert avant de leur montrer. Coup de cœur.

Chez lui, souvent l’œuvre en mouvement est affaire de rencontres similaires. « Deux projets arrivés au même moment m’ont lancé dans la photo. Pour la première fois, j’avais de véritables thèmes. L’Afrique de Papa, ça se justifiait, l’apport des photos au dessin était légitime. Et j’ai rencontré une fanfare, Ktipietok Orkestar, de Clermont-Ferrand, j’habitais alors là-bas. Je les ai suivi pendant un an. Un mélange fantasque de gens issus de l’éducation nationale comme du syndicat Sud Rail. Ils étaient intéressés par l’image, aimaient mes photos, je suis devenu leur photographe officiel. Ils jouaient dans les PMU d’Auvergne, où il y avait des tronches pas possible, lors des mises à mort de cochons, etc… En fin d’année, on a fait l’exposition. »

Raconter des histoires

Créateur de bandes dessinées reconnu, publié dans la mythique collection Aire Libre,  auteur d’adaptations de RL Stevenson ou Dracula, soutenu par le pilier de la revue Métal Hurlant qu’est Jean-Luc Fromental, Hippolyte ajoute donc une corde à son arc. « La photo, c’est juste un moyen supplémentaire de faire des images et de raconter des histoires. Ca m’a toujours intéressé. J’ai commencé en prenant l’appareil de mes parents pendant les vacances. Il y a trois ans, je m’y suis mis sérieusement. J’ai acheté un Reflex numérique. »

« Faire un livre avec des photos, c’est hyper prétentieux. En faisant L’Afrique de Papa j’ai compris que je pouvais utiliser la photo dans mon travail. C’était la première fois. Ensuite il y a eu plusieurs expositions… »

AfriqueDePapaCouvBDC’est le gros dossier en cours concernant l’auteur : ce récit mêlant photographies et dessins, originellement publié dans l’excellente revue XXI, va être édité en album par une toute nouvelle maison réunionnaise, Des Bulles dans l’Océan, issue de la boutique éponyme. L’histoire autobiographique conte le séjour à Saly, au Sénégal, d’Hippolyte parti rejoindre son père pour ses 60 ans, en mai 2008. Il tient un journal de bord acide, que le papa lit : « Il s’est un peu effondré en le voyant… Mais il m’a dit d’en faire un livre. »

« Je me balade tous les jours avec l’appareil. J’ai un projet autour de la lutte. Je vais débuter à La Réunion avec les batay coqs, autour d’une famille, mélangeant là aussi photos et dessins. En restant au plus près des gens. Lorsque j’habitais Ligne-des-Bambous, mes voisins s’y consacraient ; une famille très cool. Le père m’a poussé à le suivre, m’a présenté tous les acteurs de ce milieu. Ça raconte une certaine vie créole. Je m’y suis intéressé. » A suivre.

Sébastien Broquet

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