Accueil / Ecouter / High Tone, ma première fois…

High Tone, ma première fois…

High Tone

High Tone

La première fois que j’ai vu High Tone sur scène, c’était en 1997. Dans l’un de ces immenses hangars squattés le temps de quelques raves, en banlieue lyonnaise, avant de passer à un autre bâtiment, un peu plus loin, le mois suivant…

Je ne sais plus si j’étais venu voir Liza’N’Eliaz cette même nuit en ce même lieu, ou si la prêtresse hardcore avait joué au même endroit le samedi précédent… Le samedi suivant… Peu importe. Comme le disait Keith Richards en parlant des sixties, ceux qui s’en souviennent, c’est qu’ils n’y étaient pas.

Affiche du Lyon Calling Tour à Berne (Suisse)

Affiche du Lyon Calling Tour à Berne (Suisse)

Ce dont je me souviens, c’est de l’identité High Tone. Tout était déjà là : un groupe instrumental, dans un univers dédié aux dj’s. Et du dub, imprégné d’ethno, dans un temple de la techno la plus folle – un genre alors au sommet de son intensité dans l’hexagone. Un groupe totalement ouvert aux influences les plus diverses, branché hip hop et roots reggae alors, dubstep et jungle depuis, piochant dans la sono mondiale matière à sampling et se jouant de l’hypnotisme, du psychédélisme : High Tone est le pur produit de son époque, les années 90, quand de la grande collision des styles et des sources a émergé des hybrides insoupçonnés, fulgurants, hébergés sur des labels comme On U Sound, Ninjatune, Warp, Wordsound. Ou encore Jarring Effects, à Lyon.

La capitale des Gaules s’est rapidement inscrite sur cette cartographie sonore, par la grâce d’arpenteurs noctambules des pentes de la Croix-Rousse, tels le Peuple de l’Herbe, Meï Teï Shô, Kaly Live Dub, Agoria ou encore le Natty Bass. Rencontres permanentes, échanges et coups de mains, tous ces artistes ont grandi ensemble, développant un mouvement commun à tous mais un style propre à chacun.

A l’époque, j’étais le manager de Meï Teï Shô. Nous partagions souvent la scène. Je me souviens d’un retour de concert au petit matin où déchargeant le matériel dans les locaux de Jarring, nous avions croisé les High Tone – les tontons, comme on les appelle dans les bars de la Croix-Rousse. J’étais reparti aussi sec avec eux pour un festival auvergnat, où Tricky m’avait checké en quittant la scène. Je me souviens d’une soirée organisée à Glazart, salle parisienne, où les lyonnais m’avaient rejoint dans la nuit après un de leurs concerts, pour passer quelques disques, soutien sans faille d’un groupe déjà phare dans le monde dub.

L'affiche de Zagreb

L’affiche de Zagreb

Nous nous sommes retrouvés pour le fameux Lyon Calling Tour, en 2006. En compagnie du Peuple et de Meï Teï Shô, nous avions parcouru les routes d’Europe pour une tournée magique, passant par Mostar, Sarajevo et Berlin, le Cargo à Londres et le Zénith à Paris. Je rédigeais le blog, racontant au jour le jour la tournée, et tenait le bar clandé sous le stand merchandising… Un succès, presque partout. Et un symbole : chaque musicien servait de roadie pour le groupe suivant. L’ordre de passage tournait à chaque date, pas de star. Juste une bande de potes prêts à dynamiter chaque salle à coups de riddims incendiaires. Les anecdotes sont légion. L’émotion palpable. A Mostar, on se confronte cruellement à la guerre. A Hambourg, on s’égare dans une orgie de rock&roll sauvage. A Prague, on visite le musée Kafka (et l’on fait le plein d’absinthe). Chaque soir, les trois groupes donnent, partagent. Leur leitmotiv. Donner. Partager.

C’est pour ces raison que High Tone est programmé aux Electropicales. Pour ce sens du don au public, de la communion musicale, du partage des valeurs – indépendance, solidarité, créativité, métissage – jamais mis en défaut.

Ce sera le vendredi 20 mai, à minuit pile. Venez, vous en sortirez grandis.

Sébastien Broquet

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*