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Les 50.000 disques de Garnier

Laurent Garnier, toujours le regard porté vers l'avenir

Laurent Garnier, toujours le regard porté vers l’avenir

Garnier a donné son histoire de la musique électronique, sa version de l’explosion techno : quatre heures de mixe underground sur l’antenne de Radio Nova. Pour le gars, l’occasion de ressortir perles oubliées et tracks fondateurs. Fouiller ses rayons, picorer les archives. Ce set sera rediffusé le 31 décembre 2001 au soir. Nous, on s’est demandé comment ça se prépare, un set. Et comment Garnier s’y retrouve, dans ses rayons remplis de disques que l’on ne connaît pas…

(Texte publié dans Novamag en janvier 2002)

Donna_Summer_-_Greatest_Remixes_(I_Feel_Love)_-_Cover« Un set, ça ne se prépare pas. Tu n’adaptes pas ton bac en fonction du lieu. Tout ce qui est dedans doit représenter quelque chose pour toi en tant que DJ. Je suis de plus en plus dur dans mes choix, je préfère garder quelque chose plus longtemps, privilégier la qualité au nombre de nouveautés. Et j’ai toujours une quinzaine de disques éternels, I Feel Love ou French Kiss, même si je ne les joue pas souvent. Je prends neuf heures de mixe à chaque fois, et j’emmène de tout : je n’aime pas me répéter. »

Neuf heures de musique, à raison d’une douzaine de disques par demi-heure, ça pèse son poids de vinyles… Quel ordre pour ne pas se perdre dans le speed du dancefloor ?

« Au début du bac, c’est house. Beaucoup. Après, la tekhouse, soft, pour une heure du mat’, et ça va jusqu’au plus hard, en passant par des trucs plus trippy aussi. Au fond, je mets les éternels, de la drum&bass, et en ce moment les trucs eighties. »

Appréhension, sensation, émotion. Pour l’âme d’un DJ, quelle nourriture ? Comment capter le feeling, catcher les clubbers ? 

« Il faut que je sois là une heure avant un set. Je ne bouge pas de la salle. Feel the vibes. Boire un verre, écouter le DJ précédent. Je suis nerveux, j’ai le trac. Mais je n’ai pas de rituel, de peluche devant les platines : il me faut juste de l’eau et de la bière quand je joue. »

L’homme se nourrit avant : in the house, les oreilles aux aguets. En permanence.

« J’écoute énormément de musique avant une soirée. Même si je connais le disque, j’écoute. Je passe quatre heures par jour à écouter des nouveautés, plus des CD dans la voiture. Je sais ce que je veux, ce que je cherche. Et je fais des piles : DJ / Nova jour / Nova nuit. A la première écoute, je sélectionne, à la seconde je range. »

Ranger. Des milliers de disques, chinés, collectés, réceptionnés avant sortie. 

« J’ai pas loin de 50.000 disques je pense. A la campagne, j’ai deux murs de six mètres de long : remplis. L’électronique, je classe par pays – Allemagne, Hollande… Par ville ensuite, Chicago, Détroit, New York. Et par ordre alphabétique de label. Le funk, la soul, hip-hop et jazz, c’est par ordre alphabétique d’artistes, d’abord les albums puis les maxis. La world, le reggae, le classique, c’est en vrac mais j’en ai pas beaucoup… Tous les deux ans, je me construis des étagères à disques ! »

Disques rares, souvent. Il fut une époque où les DJ’s grattaient les macarons, pas question qu’un concurrent reconnaisse l’origine du break mortel qui vient de retourner la party. Exclusif. Et Garnier, il balance les noms de ses whites ?

« Je donne. Je montre la pochette, certains me font passer des mots, je leur écrit le nom. Ceux qui refusent, ce sont des aigris ! Si tu joues de la musique, c’est pour la faire aimer. Je suis DJ pour partager les émotions que je ressens avec la musique. La preuve : je programme à Nova. »

Partager, échanger… Reste à aborder le DJ, quand, comment rester poli avec le shaman des platines ?

« La manière la plus polie d’aborder un DJ, c’est de rester simple. Ne pas lui raconter ta vie pendant qu’il bosse. Les plus impolis sont les maladroits, ceux qui ne savent pas comment t’aborder. Mais les impolis, si j’en croise tous les jours, c’est pas souvent la nuit. Et ceux qui viennent m’aborder méchamment après un set, ce sont des masos : je joue trois ou quatre heures, ça veut dire qu’ils se sont fadés tout mon set ! »

Conclusion ?

« Il faut que tu sois bien rangé dans ta tête quand tu es DJ. »

Propos recueillis par Sébastien Broquet

  

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