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Fanzines : le papier, c’est fantastique

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L’un va sortir prochainement son n°2, c’est le tout récent Constellation. L’autre, plus ancien, s’apprête à publier un septième numéro consacré au street art : c’est Dégourdi Sans Malice. Deux fanzines à l’ancienne, sur papier, agrafés, s’intéressant aux marges comme de bien entendu. Underground.

Si l’on déniche les infos les concernant sur Facebook, si Dégourdi Sans Malice se lit aussi en format PDF, l’amateur de touché devra quand même batailler pour se les procurer : comme lorsque l’on écumait les petites boutiques au fond des rues sombres et pavées, les stands de merchandising à la fin des concerts, les tables au fond des squatts. Dégourdi Sans Malice, on le trouve parfois sur des stands de braderies. Constellation, ce sera au hasard des terrasses de café si vous aimez jouer aux dés. J’ai décidé de les questionner, en croisé, par email.

Vous avez des actions chez Canson pour tenter de relancer le papier ainsi ?

dsm 6Constellation : Le papier à plier, c’est le pied !

Dégourdi Sans Malice : Ahahahah ! Oui tout à fait !!!  En fait non pas du tout, à l’origine, le Dégourdi Sans Malice (DSM) n’était pas destiné à être imprimé, et il ne l’est toujours pas trop… Les quelques exemplaires imprimés sont juste une réponse à pas mal de personnes pour qui le lire sur le net, ce n’est pas agréable. Du coup, j’imprime quelques numéros vendus en concerts ou braderies diverses, à la demande. Si t’as des actions chez Canson, ça m’intéresse !

Comment vous est venue cette idée de sortir un fanzine ?

Constellation : Une envie de revenir à l’essentiel. Se faire plaisir, presque tout faire soi-même. Toucher du doigt une certaine liberté. Les fanzines font partie de mon adolescence, c’est en lien avec les groupes de musique indépendants des années 80-90 comme Sonic Youth.

Dégourdi Sans Malice : Un ami avait créé un fanzine, et j’avais commencé à écrire dedans. Malheureusement, ce fanzine est un peu tombé à l’eau. Mais je sentais que j’avais plein de trucs à dire, j’ai décidé d’en créer un sans trop savoir quoi mettre dedans, ni pourquoi… Au fil du temps, je me suis rendue compte que j’aimais vraiment partager des trucs, écrire, rencontrer des gens pour faire des articles, critiquer la zik, les arts… J’ai réfléchi un peu plus à la forme. Enfin, ça reste quand même un support très amateur, 100% do it yourself, et ça doit le rester. J’ai voulu créer un espace d’expression plutôt qu’un objet.

Etiez vous collectionneur de fanzines, et si oui lesquels, durant votre adolescence ?

constellation coverConstellation : Je n’ai jamais rien collectionné… J’en ai lu, feuilleté, désiré, volé, admiré, jeté… J’ai vécu deux ans à Poitiers qui a une magnifique Fanzinothèque, et je n’ai jamais perdu de vue la richesse de cette culture du DIY. Pour moi, c’est un peu “la survivance des lucioles” dont parle Didi-Huberman dans l’un de ses essais sur Pasolini.

Dégourdi Sans Malice : Pas de fanzine en particulier, mais déjà un goût pour les magazines en général.

Est-ce votre première expérience dans le domaine ?

Constellation : Au lycée, j’avais lancé un truc autour du cinéma qui s’appelait La Frangine. Je crois que j’ai encore un ou deux numéros. Le proviseur nous avait demandé d’arrêter, mais je ne me rappelle plus pourquoi.

Dégourdi Sans Malice : Oui, à part écrire pour les autres, c’est mon premier fanz’ à moi toute seule comme une grande !

Le concept ?

dsm 4Constellation : C’est le coup de cœur, des rencontres avec des inconnus, des amis, des lectures, des cartes blanches offertes à ceux qui peuvent dire à mes yeux quelque chose de sincère et de modeste. Ca parle beaucoup de culture mais au sens large, ça évoque aussi La Réunion mais en filigrane, par petites touches… Jamais comme une obligation.

Dégourdi Sans Malice : J’ai voulu créer un espace d’expression comme je le disais, car j’ai beaucoup de choses à dire !! (bon je suis bavarde en même temps). J’ai commencé par des petits numéros qui parlaient de tout et de rien, que j’envoyais surtout à mes potes. J’ai commencé à parler des concerts que j’allais voir, des choses ici à La Réunion, et ailleurs, et de fil en aiguille le DSM a fait son chemin. J’ai créé une page Facebook, distribué des flyers, et voilà, depuis les gens m’écrivent pour le recevoir par mail. C’est le bouche à oreille qui a fait son travail, et la diffusion est numérique en premier lieu.

Maintenant, j’essaie de structurer les numéros, par un dossier « spécial » et d’autres petites chroniques. C’est un fanzine très personnel, qui me ressemble, néanmoins, j’ai réussi à corrompre quelques potes pour écrire, dessiner, m’aider sur la mise en page ! Je vais essayer de trouver quelques dépôts/ventes, développer un peu le coté imprimé, mais il me faudrait un chargé de com’ !!!! Je le vends 2 euros, ce qui me rembourse l’impression et un peu plus pour en imprimer à chaque fois davantage, mais c’est sans profit, et non subventionné ni sponsorisé. Ce qui me plaît avant tout, c’est de rencontrer des gens, et de parler de leur passion, art, ou autre. J’aime bien partager ce que j’aime, ou pas aussi ! Ca fait apprenti journaliste !! Je n’ai pas la prétention de faire pro. Les personnes qui veulent proposer quelque chose sont les bienvenues, mais c’est vrai qu’il y a un ton particulier dans le fanzine. Je suis honnête avec les « chroniqueurs » : si ça va pas, je leur dis !

Vous en êtes à combien de numéros, est-ce qu’il y a des thèmes ?

Constellation : Je suis en train de finir le numéro deux et j’attaque les demandes pour le numéro trois. Le plus long c’est de les sortir tous avec une imprimante à 45 euros.

Dégourdi Sans Malice : Le numéro 7 va sortir bientôt, faut que je me bouge !!! Un thème à chaque fois, et des petites chroniques. Celui-ci c’est Street art, il y a eu un spécial Women, Afropunk, un autre sur comment résister aujourd’hui, et aussi un spécial érotisme qui a très bien marché ! Tout ça à la sauce rock’n’roll.

Où se le procurer ?

dsm 5Constellation : Il est avec moi dans une boite dédiée. La boite s’appelle Otto box et c’est comme une librairie portative. Je le vend au dé. Donc il y a un petit moment ludique autour de l’achat. Je le vend un peu à l’envie, aux rencontres, aux opportunités. Sans me forcer. Il faut que je sente un désir mutuel entre moi et celui qui pourrait le vouloir, qui le souhaite. Quand la vente est finie, on ferme la boite et on parle d’autre chose, on parle de la vie !

Dégourdi Sans Malice : Tous les numéros sont lisibles et téléchargeables sur le blog. Pour recevoir les pdf à lire et à imprimer, il faut m’écrire. Sinon en concert, parfois j’ai un stand. J’ai fait quelques braderies aussi, je trouve ça très sympa de rencontrer les personnes qui le lisent !

Quelle est la réaction des lecteurs à sa découverte ?

Constellation : Pour l’instant ça fonctionne. Les gens le trouve simple et clair. La vente au dé est un vrai petit moment en soi. On devrait acheter et vendre plus de choses au dé !

Dégourdi Sans Malice : Et bien, très bonne. En général je reçois des critiques positives, sur le contenu et aussi sur l’initiative. Il y a des articles ou thèmes abordés qui plaisent plus ou moins selon les lecteurs, ça c’est normal ! Je fais relire aussi par pas mal de personnes avant la parution, ce qui me permet de corriger certains trucs. Je commence à m’entourer de personnes spécialisées dans un domaine : infographie, passionné de BD ou de zik ou de cinoche, photographe, comme ça les trucs que je ne sais pas faire, je délègue ! Le but est de rendre le fanzine agréable à lire.

Propos recueillis par Sébastien Broquet

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