Accueil / Au fil de la semaine / Une femme à l’Education nationale, après 200 ans d’attente

Une femme à l’Education nationale, après 200 ans d’attente

actu_3700_image

« En France on n’enseigne pas suffisamment ce qui sera pertinent pour réussir sa vie ! » (photo © DR)

Ce mardi 26 août dans la soirée, il y avait un petit quelque chose d’assez déstabilisant, voire vertigineux, en auscultant la composition du gouvernement Valls 2. Loin des considérations concernant l’éviction des ministres récalcitrants, loin du curriculum vitae du nouveau venu Emmanuel Macron, il fallait aussi guetter la montée en puissance de l’un des meilleurs petits soldats du président, à savoir Najat Vallaud-Belkacem, et voir ce que cette ascension représentait pour le pays. L’ex conseillère municipale de Lyon – devenue malgré son jeune âge le pompier de service du gouvernement – est désormais à la tête de l’Education nationale, en remplacement de Benoît Hamon.

Najat Vallaud-Belkacem, première femme ministre de l'Education Nationale (photo © DR)

Najat Vallaud-Belkacem, première femme ministre de l’Education Nationale (photo © DR)

Ce qui surprend alors, c’est l’évidence : il a fallu attendre 200 ans et cette crise politique de la fin de l’été 2014 pour qu’une femme soit enfin nommée à ce ministère, crise camouflant du coup l’impact positif de cette promotion. Une longue attente symptomatique des usages encore bien ancrés de notre société patriarcale : la misogynie de nombre de nos politiques est réelle, il suffit de regarder l’UMP préférant payer les amendes plutôt que respecter la loi sur la parité. Pour gouverner, mieux vaut être un homme Blanc de plus de 40 ans. 

Mais les évolutions de ces dernières années avaient masqué cet état de fait encore ancré dans l’imaginaire collectif : les femmes sont là pour « s’occuper » des enfants, mais pas pour les éduquer. Ce rôle-là restait dévolu à l’homme, au père. Deux-cent-trente-trois hommes (selon Wikipédia) ont ainsi occupés ce poste ou ses équivalents avant Najat Vallaud-Belkacem (certains ayant été successivement nommés dans plusieurs gouvernements). Même si, soyons précis, certaines femmes ont eu des strapontins avant elle – Ségolène Royal par exemple était ministre déléguée en charge de l’Enseignement scolaire, sous l’égide de Claude Allègre, entre 1997 et 2000.

Enfin, et c’est l’une des rares nouvelles encourageantes de Valls 2, une femme – jeune qui plus est – accède à la tête de ce ministère aussi compliqué qu’important. C’est un vent de fraîcheur bienvenu. 

A cause de ses positions sur le mariage homosexuel et de l’ABCD de l’égalité, Mme Vallaud-Belkacem a subi un temps les foudres des droites radicales, catholiques, réactionnaires ou identitaires. Sans pour autant en faire une cible privilégiée et permanente, à contrario de Christiane Taubira. Si ces même droites dans le sillage de Christine Boutin poussent depuis mardi des cris d’orfraie, et font de la jeune femme une cible de leur vindicte comme de leurs nauséabondes rumeurs, c’est aussi pour cette raison : elle est la première en charge de cette emblématique Education nationale, et a la possibilité de prendre des décisions ne concernant plus seulement des minorités, mais bel et bien toutes les têtes blondes, frisées, crépues ou bouclées de l’hexagone et des Outre-mers. D’où la peur des obscurantistes. Dans Le Monde daté du samedi 29 août 2014, Andreas Schleicher, directeur de l’éducation de l’OCDE déclare ainsi : « Dans quelques pays, des réformes majeures, qui ont totalement modifié le visage de l’école, ont été menées par des femmes ministres ». Souhaitons que la ministre ait lu l’interview. D’autant que Schleicher s’y montre cinglant pour l’actuel système français, pointant avec acuité les défaillances et manquements qu’elle devra résoudre : « Les résultats obtenus dans les classements internationaux sont très en dessous de ce que l’on pourrait attendre de la France. Elle est très loin de l’idéal dont rêve ce pays. (…) En France on n’enseigne pas suffisamment ce qui sera pertinent pour réussir sa vie ! »

« On ne changera la mentalité des élèves qu’en changeant celle des professeurs » dit-il aussi. On pourrait ajouter : on ne changera pas la mentalité des professeurs sans changer celle du ministère.

La rentrée, c’est mardi.

Sébastien Broquet

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*