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Don Letts : L’histoire de l’homme

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Voici celui qui a converti les punks au reggae (photo © DR)

Il est l’homme. Celui qui initia les punks anglais au reggae. Documenta l’époque et bien plus. Propulsa le sampler sur scène. Expérimenta avec Afrika Bambaataa, échangea avec Bob Marley, se fit blacklister par Vivienne Westwood. L’homme se nomme Don Letts, et sa vie est désormais imprimée.

(Texte paru dans Trax Magazine en septembre 2011)

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Black Market Clash (photo © DR)

La plus célèbre photographie de Don Letts résonne bizarrement en ces temps troublés, où l’Angleterre de nouveau s’est vue embrasée par des émeutes urbaines. Elle fut captée le 31 août 1976, à Londres, au carnaval de Notting Hill. On y voit l’homme s’avançant seul face à un barrage de policiers, lors de précédents heurts. Rebelle.

L’autobiographie de Don Letts parue il y a quelques mois, rédigée comme un documentaire monté par ses soins, sur la base d’entretiens réalisés par David Nobakht (et traduite en français par Serge Loupien) en donne une version humble : « Je traînais dans le coin avec ma caméra Super 8, tiraillé entre le choix de filmer ou de lancer une brique. La tristement célèbre photographie qui a abouti sur la pochette de l’album Black Market Clash a été prise à ce moment-là. On dirait que je fais face aux flics, mais, en fait, je traverse la rue. Derrière moi, il y a 500 frères tous armés de bouteilles et de briques, et les rangs de la police sont juste en face de moi. Il valait mieux dégager. »

Comme un symbole de l’humilité développée tout au long du livre et de la carrière de Don Letts, l’homme de l’ombre, le passeur indispensable entre les cultures, les époques, les gens. Témoin inébranlable des bouleversements artistiques depuis la déflagration punk de 1976. Grandissant à Brixton avec ses trois frères, ce fils d’immigrés jamaïquains dont l’un, bossant dans une boutique de disques, l’initie à Sly Stone et Funkadelic avant que le gamin ne découvre aussi Captain Beefheart et Cream. Sacrée éducation, parallèlement, évidemment, au reggae – son père avait un petit sound-system et jouait du King Stitt et d’autres sons du label Trojan. Tout le bagage nécessaire pour devenir, bientôt, le lien entre deux mondes : Culture Clash, avec la mode en guise de prémices. Le dread est un temps vendeur dans la boutique ultra branchée Acme Attractions, où il se lie d’amitié avec les futurs punks mais provoque la jalousie de Vivienne Westwood.

don letts cover culture clashEn 1976, Don Letts devient le DJ résident du Roxy, un petit club londonien accueillant les groupes les plus mal élevés du royaume, du Clash aux Pistols. Letts est vite à court de 45t punks, et se tourne vers ses galettes reggae pour faire skanker entre deux concerts. L’affaire ne dure qu’une poignée de mois, mais une légende est née en cette période bouillonnante où le do it yourself est de mise. Il initie Marley d’abord rétif à ce monde, qui enregistra peu après Punky Reggae Party. Manage les Slits. Accompagne The Clash à New York, et fricote avec Afrika Bambaataa et la balbutiante scène hip hop. A la fin des Sex Pistols, il découvre la Jamaïque en compagnie de Johnny Rotten, puis rejoint Mick Jones au sein de Big Audio Dynamite – et devient le premier à faire du sampler un instrument scénique à part entière. Il fonde encore Screaming Target, tout en réalisant nombre de clips et documentaires – sur George Clinton, Sun Ra, Damon Albarn, le punk…

Et la liste n’est pas close, loin de là : lisez ce livre palpitant, vous comprendrez alors l’importance vitale de Don Letts sur la musique des trente dernières années.

Sébastien Broquet

A lire : Culture Clash (éd. Rivages Rouge)

A écouter : Son émission du dimanche soir sur la BBC, Culture Clash Radio

A voir : Punk Attitude

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