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La Chicha sachant faire chavirer

Chicha Libre

Chicha Libre

Le Pérou aussi a eu sa scène psychédélique, ses freaks et ses hallucinations au mitan des 70’s. Et aujourd’hui ? Remontée de trip pour le Lima version pattes d’eph’, par la grâce d’un français exilé à New York ayant exhumé les trésors d’époque et menant le revival avec Chicha Libre, toute nouvelle signature du label Crammed.

(Cet article est paru dans Le Quotidien de la Réunion le 22 février 2009)

Los Destellos

Los Destellos

La chicha ? A l’origine, la boisson des Incas. Une recette andine à base de maïs ou d’arachide fermentée, que l’on sirote en des lieux nommés chicharas – les boutiks locales. C’est aussi ainsi que l’on désigne un rythme de cumbia revisité à la sauce péruvienne. Et cette chicha-là, qui n’avait jamais franchi les frontières péruviennes et était même devenu obsolète à Lima, est ces temps-ci en plein essor par la grâce d’un français exilé à New-York et de quelques dj’s de Buenos-Aires.

Le premier se nomme Olivier Conan. Dans la mégapole américaine, il a lancé un club, le Barbès ; et mis sur orbite un label éponyme sur lequel il réédite des classiques de la chicha : la compilation se nomme The Roots of Chicha – Psychedelic Cumbias from Peru.

« Je suis allé au Pérou il y a trois ans » explique Olivier. « J’étais surtout intéressé par la musique criollo – les valses et festejo, influencées par les musiques espagnoles et africaines. Et en cherchant des disques chez les vendeurs de rue, j’ai découvert cette musique que je ne connaissais pas. J’en ai acheté autant que possible et en revenant à New York, j’ai fait écouter ces disques à mes amis, aux musiciens que je connais… La réaction a été enthousiaste. J’ai obtenu les droits d’un certain nombre de chansons pour cette compilation. »

De Lima à New-York

chicha-libre-sonido-amazonico-300x266Depuis un an, Olivier a en sus formé son groupe Chicha Libre, et propage la bonne parole autour de la planète. L’album Sonido Amazonico, déjà sorti aux USA, paraît le 30 mars 2009 dans le reste du monde, édité par les belges de Crammed, l’un des labels les plus affûtés du moment. Hype ? Oui, d’autant plus que l’idiome chicha se retrouve samplé, malaxé et trituré dans les sets des dj’s argentins les plus en vogue, instigateurs du mouvement nueva cumbia, ce qui se fait de mieux pour dynamiter les dancefloors de la planète depuis quelques mois.

« On commence à voir un renouveau, surtout en Argentine effectivement, où les dj’s adaptent la chicha et où elle a influencé la cumbia locale, la cumbia villera. Au Pérou aussi, il y a un revival depuis quelques mois auquel j’ai participé par accident. The Roots of Chicha a fait beaucoup de bruit là-bas et du coup, de vieux groupes reviennent au son de l’époque. Ils jouaient toujours, mais beaucoup avaient modernisé leur son avec des claviers et des effets bon marché, le résultat étant moins excitant qu’il l’était il y a 20 ou 30 ans. La chicha, au Pérou, est une musique bien vivante mais qui tourne souvent à la variété. Maintenant, des groupes plus jeunes comme Bareto revendiquent l’héritage originel. »

Le rock et l’ayahuasca comme influences

Los Mirlos

Los Mirlos

La chicha est apparue à la fin des années 60. Dans cette version péruvienne de la cumbia, la basse est un peu moins syncopée, et des influences indigènes comme le huayno, ou bien plus rock (en particulier la scène psychédélique des sixties et la surf music chère à Dick Dale) se greffent à une rythmique latine typiquement afro-cubaine, incluant bongos, cloches, timbales et congas. Les guitares et orgues électriques donnent à la chicha sa couleur si spécifique, remplaçant l’accordéon. La chicha étant devenue vraiment populaire dans les quartiers pauvres de Lima est celle des années 80, avec des artistes comme Chacalon y la Nueva Crema ou Los Shapis.

chicha-cover-web-150x150« Mais les premiers grands groupes de la cumbia péruvienne sont ceux de la compilation : Los Mirlos, Los Hijos del Sol, Los Destellos, Los Diablos Rojos. J’aurais pu y ajouter Los Tigres de Tarapoto, Sonido 2000 et bien d’autres » raconte Olivier, qui vient en outre de rééditer sur Barbès Records les meilleurs titres de Juaneco y su Combo dans un opus baptisé Masters of Chicha vol. 1. Ces derniers se sont formés à Pucallpa au milieu des sixties et représentent la chicha d’Amazonie, influencée aussi par les sons brésiliens. Ce sont les premiers à avoir intégré l’orgue électrique, qui allait devenir l’instrument emblématique de cette scène. Le principal compositeur du groupe, Noé Fachin, surnommé El Brujo et imprégné de la culture Shipibo, confie avoir écrit une grande part de son répertoire sous l’influence de l’ayahuasca, un puissant hallucinogène utilisé par les shamans (et popularisé via un documentaire signé Jan Kounen).

Une touche de kitch

Juaneco

Juaneco

Tarantino aussi pourrait craquer sur ce son, un brin kitch parfois, jamais de mauvais goût, même quand Chicha Libre reprend… L’été Indien de Joe Dassin, le tube Popcorn, mais aussi Ravel et Erik Satie, tous présents sur ce premier album où s’invite le guitariste Seb Martel.

« Nous avons gardé comme base la cumbia péruvienne, mais nous ne sommes pas des puristes. » précise Olivier. « Nous faisons des reprises de l’époque, nous écrivons nos propres chansons dans l’esprit chicha, s’inspirant de nos passés musicaux respectifs  – le rock, la pop française, la musique classique… Nous ne voulons pas faire de la musique de musée ! La chicha est très généreuse, elle permet de tout faire passer dans son moule. C’est un de ces genres qui en mélangeant des musiques reconnaissables et accessibles (cumbia, surf, rock…) permet une identification presque universelle, un peu comme le ska. »

Sébastien Broquet


L’Eté Indien de Joe Dassin revu par Chicha Libre

L’Ayahuasca vue par Jan Kounen

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