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Ami, si tu tombes, quatre millions d’amis sortent de l’ombre à ta place

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Liberté, Egalité, Fraternité (photo © Stéphane Mahé / Reuters)

Quand un parti politique, un syndicat, une religion, cherche à s’approprier une cause ou un fait-divers, une victoire sportive, un acte fort, c’est une récupération. Quand tous, de tous bords politiques, de toutes confessions et non-confession, de toutes les couleurs, défilent ensemble sans un seul mot d’ordre – si ce n’est ce #JeSuisCharlie, c’est d’union que l’on parle, pas de récupération. Et c’est fort, c’est un peuple qui se lève. Plusieurs peuples, qui se lèvent ensemble : près de 50 chefs d’états venus du monde entier étaient présents dans la rue après avoir pris… le bus, comme de sages petits écoliers.

Certains parmi ces chefs d’états sont loin d’être des adeptes de la liberté d’expression, de la liberté de caricaturer, sont parfois des va-t-en-guerre. Croyez-vous qu’ils récupèrent quelque chose en défilant ce dimanche historique dans les rues de Paris ? Qu’ils s’achètent une conscience ? Non. Ils sont noyés dans la masse, emportés par la vague. Ces chefs d’états-là, parfois quasi dictateurs, viennent d’apprendre ce qu’est un peuple debout pour les libertés, uni, compact, faisant front face à la barbarie derrière son représentant, un François Hollande qui a fait preuve depuis mercredi d’une fermeté insoupçonnée, d’un sens des responsabilités sans faille, de courage lors de cette crise sans précédent ; et d’une volonté politique forte, en refusant de convier le Front National, ce parti-miroir des djihadistes, l’un et l’autre se nourrissant mutuellement de la haine pour détruire les fondements de la République et ce qui façonne l’humanité. Car l’humanisme, vertu si décriée depuis dix ans par quelques politiques et chroniqueurs rances, par un écrivain tout aussi rance dont le livre abject est sorti le jour même du massacre perpétré à Charlie Hebdo, comme un symbole croisant ces deux causes communes que sont le racisme européen et l’islamisme radical, l’humanisme donc, vient de relever la tête. Fièrement.

La Une du quotidien anglais The Independant, lundi 12 janvier

La Une du quotidien anglais The Independent

Ce n’est pas un hasard si la seule représentante d’un parti politique français absente du cortège parisien est Marine Le Pen, qui a préféré défiler dans un entre-soi minable, à Beaucaire, ville FN du Gard, incapable de comprendre l’enjeu historique, de tendre la main, de passer outre les clivages politiques. D’être humaine. Pour finir sa journée par donner un discours devant… 600 personnes, quand près de quatre millions d’autres défilaient ensemble, partout ailleurs dans le pays. Sans un seul incident. Ratage historique qui montre définitivement son incapacité à gouverner un pays comme la France. Reste à espérer que les électeurs sauront s’en souvenir longtemps et l’humilier enfin dans les urnes lors de prochaines élections. Sauront humilier aussi ce vieux borgne qui n’a rien trouvé de mieux pour se faire remarquer que d’annoncer sa candidature aux Régionales au moment même où le monde se prenait par la main et relevait la tête en souriant : indigne vieillard.

Pendant ce temps, la France donnait une leçon de démocratie et de fierté à ces quasi-dictateurs qui n’avaient sans doute jamais vu un peuple de si près, surtout le leur, sentant presque l’haleine de celui de France sur leurs nuques. Ce roi de Jordanie Abdallah II, ce Omar Bongo, ce Viktor Orban, ce Ahmet Davutoglu, eh bien François Hollande après les avoir fait monter ensemble dans un bus, les a fait défiler sur le boulevard Voltaire et s’arrêter place Léon Blum ! Artère et place aux noms oh! combien symboliques… Ils ont vu l’unité d’un pays – y compris avec ses forces de l’ordre applaudies, ils ont vu un combat pacifique qui a renversé le terrorisme par la force de sa liberté. Ils ont vu un premier ministre, Manuel Valls, fendre la foule et rejoindre la tête d’un cortège populaire, applaudi depuis les fenêtres environnantes. Ils ont vu une opposition tout aussi digne marcher côte à côte avec le gouvernement. Ils ont vu la liberté en marche, celle dont ils privent leur peuple. Ils ne changeront probablement rien ou pas grand chose à leur politique en rentrant chez eux, mais ils auront vu et ressenti ce qu’est une République, belle, forte et libre. Ces images seront retransmises dans leurs pays, elles planteront des graines qui pousseront plus tard, dans quelques années. Car des citoyens jordaniens ou israéliens les auront vu, ces images, et sauront s’en souvenir un jour, une nuit : « Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves » dit la chanson. Oui, leur présence était utile.

Sans compter le miracle de faire marcher ensemble, à quelques centimètres l’un de l’autre et au premier rang, Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahu, qui mènent en Israël et en Palestine une guerre ignoble ayant un impact négatif sur la paix dans le monde entier. Encore une fois, c’est un symbole fort que de simples dessinateurs ont réussi, cette fois dans le sang. Mais on ne peut s’empêcher de penser à ce fameux dessin de Plantu réunissant pour la première fois sur un même document les signatures de Yasser Arafat et Shimon Pérès en 1991 et 1992. Par deux fois, nos caricaturistes français auront réussi là où tous les diplomates du monde entier avaient échoué des années durant.

Que cette force ne soit pas oubliée, qu’elle perdure : elle est importante. L’immense élan de solidarité envers Charlie Hebdo pour que le journal continue à vivre est l’illustration que beaucoup ont enfin compris l’importance de tels îlots de liberté – que Google et le ministère de la Culture, que des milliers de citoyens et même Arnold Schwarzenegger s’abonnent à ce journal de petits bonhommes crayonnés, est l’ultime pied de nez aux criminels ayant assassinés sa rédaction : il y a deux mois, Charb ne trouvait aucun écho à ses appels aux dons, et Charlie était appelé à mourir dans l’obscurité, sans écho ni compassion. Aujourd’hui, le journal est probablement sauvé par ceux-là même qui voulaient le détruire. Et le monde entier connaît désormais Charlie.

C’est le quotidien The Independent, en Angleterre, qui a tout compris avec sa magnifique Une du jour d’après, en ce lundi 12 septembre. Dans la mort, l’égalité s’impose à tous. Face à la menace, la fraternité ressurgit. Avec une cause commune à défendre : la liberté. Liberté, Egalité, Fraternité. Et Résistance.

Sébastien Broquet

 

Un commentaire

  1. Tres beau texte ! Bravo !

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