sebtheplayer
Journal d'un DJ moyen
One trip into 4th world beatz and global grooves.
Blind test : Asa
C’est un peu la Tracy Chapman de cette fin de décennie. Comme l’auteur de Talkin’ bout a Revolution l’était pour la fin des années 80, Asa est une folk singer bien consciente, un brin lisse, le genre que l’on aime sur la FM mais n’écoute jamais à la case. Lors de son concert au festival Sakifo en août dernier, Asa a pourtant su révéler une énergie communicative, se révélant surprenante au fil du show, convaincante même – surtout après le passage des réunionnais Lansiv pour un maillage survolté des beats maloya et yoruba. La veille, elle était avec nous au bord de la piscine, douce, presque effacée. Prête pour un jeu auquel elle se révèle plutôt douée.
• Peter King, Shango
De l’afrobeat estampillé 70’s : pour voir si elle reconnaît son professeur…
Asa : Ca date des années 70, sûr. Il faut que j’entende la voix… Peter King ! C’est bien Peter King ?
Moi : Oui. C’était votre professeur ?
Asa : Mon tuteur. Il m’a appris la guitare. J’étais avec lui dans une petite école, dans la banlieue de Lagos. C’était en 2003. J’y suis restée six mois. Il y avait beaucoup d’arbres, avec beaucoup d’espace pour jouer, pour ceux qui voulaient vraiment apprendre la musique.
• Ayo, Down on my Knees
On les présente comme deux sœurs : elles partagent un même style de soul / folk épuré, les mêmes origines nigérianes, et un même buzz parisien…
Asa : (Dès l’intro) Oh ! (Avec un immense sourire) Ayo ! Je suis très différente d’elle. C’est une coïncidence, mon moment est arrivé juste après la sortie de son album. Je la respecte beaucoup. Elle rend les Nigérians fiers.
• Ken Boothe, African Lady
Une reprise de Bob Marley par celui que l’on surnomme le Otis Redding jamaïcain, rapport à sa voix de velours.
Asa : (La chanson à peine commencée) Facile, c’est Bob Marley.
Moi : La chanson, oui, mais c’est une reprise…
Asa : (Très attentive, elle tend l’oreille quand la voix arrive) J’entend beaucoup de choses dans ce morceau. Du Lucky Dube, du Jimmy Cliff… Je sais que ce n’est pas ça, mais… Je ne connais pas.
Moi : C’est Ken Boothe.
Asa : J’aime. Il chante avec passion. J’ai beaucoup écouté Bob Marley, le reggae a une forte connexion avec la Soul.
• Wganda Kenya, Shalaode
Une reprise du Shakara de Fela Kuti, en version champeta, le beat des sound-systems de Colombie. Ca pulse.
Asa : (Elle rigole) Afrobeat, définitivement. C’est une chanson de Fela. (De plus en plus attentive, elle se penche vers les enceintes) Ce n’est pas Nigérian.
Moi : Ca vient de Colombie.
Asa : C’est cool. C’est plus techno, avec le delay, les guitares. J’aime bien ce riddim. Fela ? Il ne représente pas uniquement les musiciens, il a vraiment influencé tout le monde. C’est un monument. Au Nigéria, on parle de football, ou de Fela.
• Osunlade, Blackman
Un classique des dancefloors deep house, par un DJ américain en quête de spiritualité africaine, ayant baptisé son label Yoruba, de nom de l’ethnie nigériane d’Asa.
Asa : (Elle tape du pied, marque le tempo) C’est quoi ça ? C’est funky.
Moi : Osunlade.
Asa : Je connais ce nom, mais je n’avais jamais écouté.
Moi : La house, ça vous intéresse ? Faire remixer vos morceaux ?
Asa : Non, pas les remixes. Mais je ne suis pas complètement hermétique à ce son, j’écoute. Certaines manières de mixer me plaisent. Mon premier voyage en France, c’était avec un groupe d’électro jazz nommé Asata.
• DJ Zebra, Fire in the Rain
Un bootleg réunissant l’instru du « Purple Rain » de Prince et la voix d’Asa… Connaît-elle ce pirate ?
Asa : (Très surprise lorsque sa voix arrive après l’intro de Prince) Qui est ce gars ? (Elle se marre franchement).
Moi : DJ Zebra.
Asa : Je ne suis pas sûre de l’avoir entendu… Non… Je ne sais pas quoi en penser. Fire on the Mountain est dur à remixer, il est trop simple. Là, c’est trop calme, il n’y a pas ce que l’on attend, on danse sur l’original. Mais c’est sympa à entendre.
• Salem Tradition, 20 Desamb
Du maloya… par la reine Christine, connaît-elle le son de l’île ?
Asa : Non, je ne connais pas la musique d’ici. (Dès le début) Whaou !!! Ce son m’est très familier ! Ce sont les mêmes rythmes qu’au Nigéria. Il paraît que le maloya a longtemps été interdit ? (Elle dodeline de la tête, conquise. A ce moment-là, arrivent Lansiv, désireux de la rencontrer. Le lendemain, elle les invitera sur scène.)
Paru dans Le Quotidien de la Réunion le jeudi 7 août 2008.













