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Jean Albany, poète et chantre de la créolie

Anne Sadala, conteuse. En souvenir de Jean Albany... (© JC Feing)

Anne Sadala, conteuse. En souvenir de Jean Albany…
(© JC Feing)

Les poésies de Jean Albany resplendissent d’un nouvel éclat, via un disque où le chantre de la créolie est magnifié par Firmin Viry, Christine Salem, Gilbert Pounia et surtout un Danyel Waro très inspiré.

(Un texte paru dans Le Quotidien de La Réunion le samedi 22 août 2009)

Anne Sadala, lisant le recueil "Zamal" de Jean Albany, à Saint-Pierre. (photo © JC Feing)

Anne Sadala, lisant le recueil « Zamal » de Jean Albany, à Saint-Pierre.
(© JC Feing)

Anne Sadala a encore frappé. Cette amie fidèle de Jean Albany, l’incontournable poète chantre de la créolie, lui avait fait une promesse, peu après leur rencontre à Paris en 1965. Celle d’oeuvrer sans relâche pour la reconnaissance de son art. La conteuse s’y attache depuis de longues années, depuis la mort de l’auteur de Miel Vert et elle n’aura de cesse de le faire jusqu’à ce que tous ici, connaissent Albany : « Je suis son messager ! » dit-elle dans un grand sourire.

Waro au sommet

En pénétrant le monde des Ipods et autres baladeurs numériques, en convertissant les vers de Jean Albany en MP3, Anne Sadala réussit son pari. Et risque fort, ces prochaines semaines, de faire franchir un cap supplémentaire à la notoriété du génial poète moustachu : car après deux premiers disques bien accueillis, un troisième volume a rejoint les bacs, 25 ans après sa disparition. Et le casting est d’envergure : Danyel Waro, Firmin Viry, Gilbert Pounia, Lindigo, Christine Salem ou Marie-Armande et Jean-Claude Moutou ont tous accepté de participer à ce tribute album.

Danyel Waro (© Philippe Conrath)

Danyel Waro
(photo © Philippe Conrath)

« Je suis culottée. Je les ai tous appelé, après avoir passé deux ans à les écouter attentivement, pour leur proposer un texte de Jean, choisi par mes soins. Deux artistes ont refusé. Parce qu’ils ont un nom, je ne vois que ça… Les autres ont accepté, et côtoient les jeunes de mon association. »

Le moment de bravoure du disque ? Danyel Waro, sans conteste. Près de dix minutes de transe comme on en a rarement entendue, sur un texte emblématique : Monte Chemin Cormoran plonge dans les recoins de l’âme réunionnaise, triture les souffrances passées et en révèle les forces. « Dix minutes, mais on a envie que ça dure encore ! » confie Anne. On confirme. « Je lui avait proposé un texte, il m’a rappelé en me disant qu’il ne chanterait pas ça. Je lui ai donc envoyé les différents recueils de Jean, que sa femme Sylvie a mis à ma disposition, et Danyel a choisi. Il s’est laissé aller sur cette chanson ! »

Zamal

Jean Albany (© DR)

Jean Albany
(© DR)

Joël Manglou a hérité du texte « le plus piquant, Craze pa Moin. On peut lui donner n’importe quoi à chanter, il ne voit pas le mal. Je ne pouvais le donner qu’à lui. » Et Gondwana ? « Hé ! Un reggae sans zamal, c’est comme un Zamal sans reggae : pas possible ! » Précisons : le disque se nomme Zamal, comme le premier recueil éponyme de Jean Albany, alors âgé de 34 ans, publié à 1000 exemplaires en 1951 à Paris aux éditions Bellenand. Aujourd’hui, c’est un collector…

« Gilbert Pounia lui, est vraiment entré dans la peau de Jean Albany : ce texte était pour lui, sa poésie se finit dans le tambour… Marie-Armande et Jean-Claude Moutou ont hérité d’un texte très difficile mais s’en sont très bien sortis. Mon rêve ? Réunir tous les artistes qui ont chanté Jean Albany sur un concert ! »

Petit rappel à l’usage des jeunes

Jean Albany. Poète, mais aussi peintre. Né en décembre 1917 à Saint-Denis, Réunion. Se révèle en publiant en 1951 le recueil Zamal (« L’herbe du rêve » dit-il) : 41 poèmes qui font planer l’amateur de belle langue. Du moins, au bout de quelques années : à parution, le succès est minime… Mais son image de précurseur va se façonner au fil du temps.

"Zamal", le disque consacré à Jean Albany.

« Zamal », le disque consacré à Jean Albany.

C’est en 1937 qu’il s’est envolé pour Paris, pour y suivre des études de droit et de chirurgie dentaire. En 1946, il retourne à La Réunion – en bateau, aventure à lire dans La Croix du Sud – quelques temps avant de repartir vivre à Paris, où il côtoie des figures comme Simone Signoret.

Habitant Saint-Germain-des-Prés, il est en lien avec le milieu littéraire parisien mais fait figure de marginal. Il amène la modernité dans la poésie réunionnaise. Bleu Mascarin en 1969 est son premier recueil rédigé en créole. Jean Albany disparaît en 1984. Pas son âme, pas son oeuvre. Ni la créolie, terme inventé en 1972 dans son recueil Vavangue, dont il s’est fait le chantre. Le père spirituel d’Alain Péters, qui le chanta, c’est bien lui.

Sébastien Broquet

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