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Afrobeat, no go die

The Souljazz Orchestra

The Souljazz Orchestra (photo © DR)

Une virée en Afrique, pour palabrer autour de l’afrobeat ? Que nenni : le beat impulsé par les nigérians Fela et Tony Allen dans les seventies s’est propagé tel un virus, et l’afrobeat le plus incisif vient désormais de New-York, de Paris et surtout de Montréal où officie le fantastique Souljazz Orchestra.

(Cet article est paru dans Le Quotidien de La Réunion le 1er mars 2009)

Sir Jean

Sir Jean

Par une fraîche soirée de l’année 2002, nous causions afrobeat avec Sir Jean, un chanteur sénégalais éduqué dans les sound-systems de Dakar. Alors frontman du gang afropunk lyonnais Meï Teï Shô, ce grand lecteur de Cheick Anta Diop m’expliqua ceci : « Le discours de l’afrobeat, je l’ai retrouvé dans le punk, chez The Clash. En Afrique, beaucoup de choses m’étaient incompréhensibles. En France, j’ai eu accès à des informations que je n’avais pas. Ca me permet de dire ces choses-là. Que tous les leaders qui parlaient de panafricanisme, comme Lumumba, ont été tués après l’indépendance. Fela a découvert le panafricanisme aux Etats-Unis, en rencontrant les Black Panthers. La relève, pour l’Afrique, viendra de l’extérieur : d’Africains partis vivre ailleurs. »

Tony Allen

Tony Allen

A la même époque, Eric Trosset, boss du label Comet ayant signé Tony Allen, le mythique batteur de l’Afrika 70, me glissa dans un café parisien : « L’afrobeat ne fait que se répandre depuis la mort de Fela : le roi est mort, sa parole est libre. »
Aujourd’hui, ces mots résonnent avec une pertinence sans égale. L’afrobeat, depuis le décès du Black President emporté par le sida en 1997, telle une traînée de poudre s’est répandu autour de la planète Terre, au delà de Mother Africa. Tony Allen multiplie les projets et place son beat si particulier, décalé, chez les pop stars comme dans l’Afrique la plus roots. L’un de ces derniers projets, The Good, The Bad & The Queen réunit Damon Albarn de Blur et Paul Simonon, le bassiste du Clash : là reviennent à l’esprit les paroles de Sir Jean…

La descendance décomplexée

La grande drive de l’afrobeat s’est poursuivie, à New-York, via Antibalas, les plus côtés des descendants de Fela hormis ses fils, Femi et bien sur Seun, auteur du concert le plus calorifère du dernier Sakifo.
A Montpellier aussi, où œuvrent les efficaces Fanga mais aussi la dernière signature de Comet, The Afrorokerz, qui ont invité Tony Allen sur leur disque.

Kutiman

Kutiman

A Tel-Aviv où toute une scène groove décomplexée s’agite et où l’afrobeat a trouvé son représentant à travers l’excellent Kutiman, un jeune israélien de 25 ans également marqué par le reggae et la soul.
A Montréal, où le label Afrokats mené par DJ Kobal signe quelques perles du genre en version 45 tours pour collectionneurs, dont le suscité Kutiman et, bien sûr, ses compatriotes du phénoménal Souljazz Orchestra, sans aucun doute l’un des groupes les plus excitants du moment tous genres confondus.

souljazzorchfreedomnogodieCette cité du Québec prend place depuis quelques années sur l’échiquier de la sono mondiale aux côtés de Paris ou Londres, forte d’une population cosmopolite.
Pierre Chrétien, le meneur et claviériste de cet orchestre hautement funky, le confirme : « L’afrobeat est de plus en plus populaire à travers le monde, c’est un phénomène récent de voir des groupes en dehors de l’Afrique jouant ce style. Par contre, au temps de la naissance de l’afrobeat, durant les années 1960 et 1970, il y avait des dizaines de groupes en Afrique occidentale qui oeuvraient dans un genre semblable à celui de Fela : Orlando Julius, Geraldo Pino, l’Orchestre Poly-Rythmo, The Sahara All-Stars, The Funkees, Oscar Sulley, K. Frimpong, Mono Mono…  On ne leur donnait pas toujours l’étiquette afrobeat, on optait parfois pour highlife, funk ou même disco. »

compilation Nigeria 70

compilation Nigeria 70

Autant d’artistes que l’on retrouve sur une multitude de rééditions dispensées entre Londres et Paris depuis 10 ans, dont les plus redoutables sont l’indispensable Nigéria 70 sur Strut Records, ou les volumes Racubah et Ouelele sur Comet.

Black President

Pierre poursuit : « L’afrobeat ne doit pas se limiter à une seule émotion : il y a des pièces militantes et revendicatrices, bien certain, mais il y a aussi des pièces plus méditatives et spirituelles, d’autres plus enjouées et légères.  C’est un mélange de musique traditionnelle Ouest-Africaine, de jazz, de highlife et de funk ; souvent politisé, mais pouvant exprimer une multitude d’émotions. »

compilation Racubah

compilation Racubah

Le Souljazz Orchestra a choisi la voix militante.  « C’est difficile de résumer les paroles de centaines de chansons, écrites au cours des huit dernières années, en quelques phrases… Nous vivons dans une ère où le capitalisme s’est finalement propagé jusqu’aux quatre coins du globe, et nous sommes en train de vivre les conséquences de ce phénomène.  Nos chansons commentent divers aspects de cette situation. Nos paroles expriment aussi le désir d’un monde meilleur, un monde où les gens peuvent vivre dans la paix, l’amour et la fraternité. De tels propos peuvent paraître naïfs, mais c’est plus important que jamais pour les gens de garder espoir, et de ne pas devenir cyniques et pessimistes. »

Fela Kuti

Fela Kuti

On pense à l’espoir né ces dernières semaines avec l’élection d’un autre Black President… Obama, après Fela ! « Nous sommes évidemment très heureux de la victoire d’Obama.  Nous vivons un moment historique important. Il n’aura pas la tâche facile. Obama était d’ailleurs ici, à Ottawa, il y a quelques jours : c’était fou, on aurait dit une vedette de cinéma. »

Métissage. Telle est la formule de l’afrobeat moderne, qui ne se contente pas de recycler, mais innove. Femi Kuti lui-même a enregistré avec des rappeurs américains. Le Souljazz Orchestra, lui, se nourrit intensément de l’Amérique Latine : « Ray a travaillé dans une usine Ford au Mexique pendant près d’un an. Phil a aussi demeuré à Mexico puis à La Havane, à Cuba, afin de faire des études de conguero et de trompette. Lui et Steve ont commencé une collaboration avec plusieurs musiciens du Mexique, du Brésil, de Cuba et d’autres pays d’Amérique latine, appelé People Project. Les deux y retournent souvent afin de faire des spectacles et des enregistrements. En live, nous jouons aussi souvent avec Gabriel « Queso » Bronffman, un guitariste né en Argentine, élevé au Vénézuela, et vivant présentement au Mexique. Toutes ces choses ont influencé le langage musical du groupe, et ont ajouté une certaine saveur afro-latine à notre musique. »
Une saveur unique qui en fait l’emblème d’un son représentant la puissance de l’afrobeat, prêt à envahir le monde et, c’est nouveau, toucher enfin le grand public.

Sébastien Broquet

The Souljazz Orchestra

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